Le Film étranger

THE BIRDS (Les Oiseaux) – Alfred Hitchcock (1963)

Mélange subtil de sentiments, Les Oiseaux (The Birds) est un film que la postérité retiendra dans l’œuvre d’Alfred Hitchcock. C’est aussi le plus cher qu’il ait jamais entrepris, et celui qui exigea du maître une prise de risques considérable. Avec des effets visuels révolutionnaires et une bande-son inhabituelle, le film d’Hitchcock relatant des attaques d’oiseaux contre une petite ville californienne atteignait la limite de ce qui était alors techniquement possible. Il s’agit de l’un des plus remarquables films de l’auteur : la vision d’une menace obsédante qui pèse sur la vie quotidienne, et ceci à jamais…

Trois ans s’écoulèrent entre le grand succès, critique et populaire, de Psychose (Psycho, 1960) et la sortie du film suivant, Les Oiseaux. Un tel intervalle était inédit dans la carrière d’Hitchcock, qui avait passé ce temps à travailler avec Joseph Stefano, scénariste de Psychose, sur son nouveau film, Marnie, qui devait marquer le come-back de son actrice favorite, Grace Kelly. Mais en 1961 , celle qui était désormais princesse de Monaco fit savoir qu’elle ne reviendrait plus à Hollywood. Déçu mais non découragé, le réalisateur se tourna vers l’adaptation d’une nouvelle de Daphné du Maurier, The Birds, récit qu’il avait auparavant retenu pour sa série télévisuelle, Alfred Hitchcock Presents. Il avait caressé l’idée d’un film où la nature susciterait une menace totalement inattendue, et l’ouvrage, qui relatait l’attaque d’oiseaux sur un village paisible de Cornouailles, en Grande-Bretagne, paraissait faire l’affaire.


Après avoir demandé aux décorateurs d’Universal Studio de travailler sur des effets spéciaux concernant les oiseaux (la plus grosse part du budget), Hitchcock se mit à la recherche d’un scénariste. Stefano était engagé sur un autre projet. Après avoir envisagé plusieurs personnes, son choix se porta sur le New-Yorkais Evan Hunter, dont le premier roman, The Blackboard Jungle (Graine de violence, 1954), avait été adapté à l’écran avec succès. L’écrivain, enchanté de travailler avec Hitchcock, accepta sur-le-champ. Il deviendra plus tard célèbre comme auteur d’œuvres policières sous le nom de Ed McBain.

L’une des premières difficultés consista à transposer l’histoire de Cornouailles en Californie. Hitchcock avait déjà en tête le lieu idéal : Bodega Bay, un petit port isolé au bord de l’océan Pacifique, au nord de San Francisco, qu’il avait découvert en tournant L’Ombre d’un doute (Shadow of a Doubt, 1943) dans la ville voisine de Santa Rosa. Hitchcock et Hunter explorèrent la région. L’école intéressait tout particulièrement le réalisateur, car il pensait qu’elle fournirait un cadre parfait pour une scène terrifiante où les oiseaux attaqueraient des enfants. Vinrent ensuite des séances d’écriture, un rituel quotidien pour les deux complices, où Hitchcock exposait ses vues. Il fut très clair : aucune explication sur la conduite des oiseaux ne devait être formulée. Bien que ce soit là une idée géniale, la critique attaquera le film sur ce point à sa sortie. Mais Hitchcock, maître de son art, savait que la raison est l’ennemie de la terreur et qu’une explication neutraliserait l’angoisse. Le film devait susciter une peur primitive, celle d’être attaqué sans avertissement ni motif. Inspiré par l’école de Bodega Bay, Hunter voulut tout d’abord prendre pour héroïne une nouvelle institutrice arrivant dans la ville au moment de la première attaque d’oiseaux. Mais Hitchcock souhaitait lui donner davantage d’aura… Le scénariste proposa alors d’aborder le script d’une façon plus légère, avec deux personnages principaux : une jeune femme riche et élégante face à un bel avocat – et pourquoi pas une ruse piquante pour la rencontre, dans la tradition des comédies loufoques hollywoodiennes ? Hitchcock reconnut là une bonne stratégie pour construire le suspense. Il aimait cette idée de commencer comme une Love story légère : le choc de l’horreur n’en serait que plus violent, soulignant du même coup, selon les mots même de l’auteur, les « dangers de la suffisance ».

Sans savoir encore qui interpréterait le couple vedette, Hitchcock et Hunter appelaient en plaisantant leurs héros Cary et Grace, exprimant par ce biais un idéal. Mais Kelly n’était plus disponible et Grant s’avérait trop cher, compte tenu du budget réservé aux effets spéciaux. Après divers essais filmés de plusieurs actrices, Hitchcock fit sensation en choisissant une inconnue, Tippi Hedren. Ce mannequin sans expérience d’actrice collait à merveille au type de l’héroïne hitchcockienne : une blonde imperturbable à l’extérieur glacé, mais toute en émotion rentrée. Son bout d’essai, dans lequel elle joue des scènes de Rebecca, La Main au collet et Les Enchaînés, coûta la coquette somme de 30.000 dollars. Hedren retenue, son personnage emprunta son nom à celui de sa fille âgée de 4 ans, Melanie. (Cette dernière deviendra célèbre sous le nom de Melanie Griffiths.) Au cours du tournage, la jeune femme fut suivie de près par Hitchcock et aidée par ses partenaires : Rod Taylor (l’avocat Mitch Brenner), la très chevronnée Jessica Tandy (dans le rôle de Lydia, la mère de Mitch) et Suzanne Pleshette (Annie, un personnage complexe ayant conservé certains des traits de l’institutrice-héroïne imaginée par Hunter). Comme toujours avec ses actrices principales, Hitchcock s’est intéressé de très près aux tenues de Tippi Hedren. Avec l’aide d’Edith Head, costumière renommée d’Hollywood, il sélectionna ses vêtements manteau de vison pour suggérer le luxe et tailleur vert amande (sa couleur préférée, avec le gris, pour les vêtements de ses héroïnes).

Ayant choisi ses acteurs principaux, Hitchcock se tourna vers ses complices favoris, au premier rang desquels son directeur de la photographie Robert Burks et le monteur George Tomasini. Il fit aussi appel à Albert Whitlock, un peintre d’origine britannique dont les fonds peints permirent de bien définir l’atmosphère du film et d’économiser les extérieurs. Des équipes travaillèrent sur place à Bodega Bay, là où la majorité des scènes en extérieur devaient être tournées. La maison d’Annie, à côté de l’école, fut entièrement reconstruite, et la ferme des Brenner à Bodega Head restaurée en vieille grange de style XIXe. Le premier tour de manivelle approchait. La tension montait, mêlée d’appréhension : une actrice novice, beaucoup d’argent en jeu (le plus gros budget d’Hitchcock avec 3,3 millions de dollars), des effets visuels non testés… Comment le tournage allait-il se passer ? « Nous étions tous un peu mal à l’aise, et lui-même sans doute autant que nous, dira Robert Boyle. Nous avions en face de nous des oiseaux désireux de nous supprimer, vous savez, et non un meurtrier ou un violeur. C’était quelque chose d’étrange (…) Et il fallait nous en imprégner, ce n’était pas simple. »

Le 5 mars 1962 arriva, comme toujours, tout avait été méticuleusement prévu. Hitchcock n’aimait pas les extérieurs, qui ne lui permettait pas de contrôler la lumière et le bruit ambiant. Aussi, durant  le tournage à Bodega Bay, les assistants d’Universal Studio photographièrent-ils les habitants et les intérieurs des boutiques, afin d’assurer le caractère réaliste des costumes et des décors lorsque la production serait de retour dans les studios. Là, ils recréèrent le port, le restaurant et les intérieurs. Hitchcock refusa tout net de filmer les gros plans en lumière naturelle, ils furent ajoutés plus tard, en studio. C’est ainsi que les plans américains et les gros plans de Melanie dans le bateau, par exemple, furent filmés dans un bassin, en studio, avec pour fond des toiles peintes par Whitlock.

Hitchcock a reconnu avoir été exceptionnellement tendu durant le tournage du film. Lui si méticuleux d’ordinaire, lui qui habituellement travaillait chaque prise longtemps à l’avance, voici qu’il apportait des changements de dernière minute au scénario et improvisait sur le plateau. Il tourna… puis abandonna une scène humoristique dans laquelle la relation entre Mitch et Melanie se précisait, alors que Lydia faisait sa découverte macabre à l’intérieur de la ferme de Fawcett : « J’ai trouvé qu’une scène d’amour prolongée juste à ce moment pouvait irriter le public .» Soucieux de l’accueil réservé à son film, il voulait absolument tenir son public en haleine. D’où cette première partie constituée d’images de rassemblements d’oiseaux, censées… rassurer les spectateurs. En dépit de ces changements de dernière minute, Hitchcock conserva la parfaite maîtrise de son art. Ainsi, il étudia les story-boards montrant l’attaque de Melanie par les oiseaux dans le grenier (une séquence qui exigea 32 angles de prise différents) et il indiqua pour chacun le nombre d’images nécessaire. Avec une habileté consommée, Hitchcock anticipait les coupes au montage et pensait la durée de chaque plan : « Je n’ai jamais vu personne, ni avant ni après, doté d’un tel sens du cinéma », devait confier Harold Michelson, qui participa aux effets spéciaux.

La principale difficulté technique, avant les effets spéciaux, concernait les oiseaux réels. Sur le plateau, ils étaient contrôlés par des dresseurs dirigés par Ray Berwick, qui supervisait l’entretien et l’entraînement de milliers de mouettes, corbeaux freux, corneilles, moineaux, bouvreuils et bruants. Diverses techniques furent utilisées pour tenter de leur faire jouer leur rôle, avec des fortunes diverses. Robert Boyle attacha des petits aimants aux pattes des corneilles afin qu’elles s’alignent sur la gouttière de la maison d’Annie. Tout semblait marcher… jusqu’à ce que la caméra commence à tourner. En tentant de s’envoler, les volatiles basculèrent en avant, formant une triste brochette pendant la tête en bas ! Ray Berwick et les oiseliers portaient de longs gants de cuir pour se protéger, mais un tel luxe était interdit aux acteurs, qui reçurent des injections antitétaniques, comme tous les membres de l’équipe (les coups de bec étaient fréquents). Rod Taylor fut harcelé par un corbeau nommé Archie, mais c’est Tippi Hedren qui souffrit le plus.

Lors de la scène du grenier où Melanie est sauvagement attaquée, l’actrice apprit le matin du tournage que les oiseaux mécaniques qui devaient entrer en jeu ne fonctionnaient plus ! Du moins, est-ce ainsi que les choses lui furent présentées. Pendant cinq jours, Tippi Hedren dut affronter des oiseaux… réels. Durant toute la semaine, on lança sur elle des volatiles censés la frapper, certains étaient rattachés à son costume par des fils invisibles. Le lundi suivant, elle s’écroula d’épuisement et dut être hospitalisée, une paupière ouverte. Elle fut remplacée durant 5 jours par une doublure pour les scènes suivant l’attaque. Des gros plans du visage de Tippi Hedren furent ajoutés par la suite.

Parfois, les oiseaux refusaient de coopérer. La première tentative pour filmer des moineaux faisant irruption par la cheminée se termina en farce : ils atterrirent dans l’âtre et se mirent à sautiller tranquillement sur la table basse. La scène fut finalement tournée sans eux et ils furent ajoutés ensuite, en fonction des gestes des acteurs. De la même manière, les acteurs devaient feindre des réactions à une menace invisible au cours de l’attaque sur la ferme, alors que l’on entend les oiseaux sans les voir. La bande-son des cris et des battements d’ailes n’étant pas prête, Hitchcock utilisa un roulement de tambour crient suffisamment fort pour le dominer et que leurs réactions soient coordonnées – Lydia tentant de s’abriter, Melanie et Cathy recroquevillées sur le canapé. Les effets spéciaux réalisés pour Les Oiseaux sont particulièrement complexes. Le plan-séquence final, qui montre la voiture de Mitch quittant la ferme au petit jour avec les oiseaux massés au premier plan et tout autour de la ferme, s’avéra le plus problématique ; il est constitué d’une combinaison de fonds peints et de raccords provenant de 32 prises… Hitchcock affirmera que ce plan fut « le plus difficile » de sa carrière. Mais c’est aussi l’un des plus réussis.

Reproduction d’un storyboard (suite de plans dessinés avant leur tournage). Melanie prend conscience du rassemblement des corbeaux derrière elle.

La fin posa de nombreux problèmes au maître. Il avait pensé à une fuite des Brenner et Melanie hors de San Francisco, suivie d’un fondu enchaîné du Golden Gate Bridge totalement recouvert d’oiseaux. L’option fut abandonnée, à cause de son coût et parce qu’Hitchcock préférait l’actuelle conclusion ouverte et suspensive. Le traditionnel mot FIN est d’ailleurs absent du générique. Ce film n’est-il pas, de fait, un cauchemar sans fin ?


Dans Les Oiseaux, le son joue un rôle essentiel, et d’une manière inattendue. Hitchcock, passé maître dans l’art d’exploiter les possibilités émotionnelles du son, a compris que l’absence de musique accentuerait le malaise chez le spectateur. Aussi choisit-il de privilégier les sons émis par les oiseaux. Remi Gassmann, inventeur d’un synthétiseur capable de sons naturels, et Bernard Herrmann (le collaborateur musical attitré d’Hitchcock) utilisèrent des cris d’oiseaux altérés électroniquement à des moments où on aurait attendu de la musique ce qui renforce encore le suspense et génère l’angoisse.


Effets spéciaux : la scène du garage – Sur les 1.500 plans que compte le film; pas moins de 371 sont truqués. Le budget consacré aux effets spéciaux pour sa réalisation est énorme, la majeure partie étant consacrée aux oiseaux eux-mêmes. Ainsi la coquette somme de 200.000 dollars fut allouée uniquement pour la fabrication d’oiseaux mécaniques – qui durent finalement être abandonnés parce qu’ils s’avèrent trop peu fiables. Dans la dernière scène du film, des oiseaux réels ont été utilisés seulement pour les premiers plans ; les grosses masses et les plans éloignés sont constitués d’incrustations électroniquement altérées d’oiseaux en vol qui furent ajoutées en surimpression. Hitchcock a appelé la vue aérienne de Bodega Bay juste après l’explosion « le point de vue de Dieu ». Si le plan ne dure que quelques secondes, il a pourtant nécessité trois mois de réalisation. Il est composé de plusieurs éléments différents : la scène centrale est filmée, avec le feu et les habitants affolés qui courent en tous sens, la ville tout autour est un fond peint fixe, quant aux oiseaux, peints eux aussi, ils ont ensuite été ajoutés en surimpression.



Du chaos à la peur, une parabole moderne

Dans Les Oiseaux, Alfred Hitchcock construit un récit dont la simplicité apparente masque une grande richesse symbolique. En effet, si le film se présente d’abord comme l’histoire d’une petite ville soudain assiégée par des oiseaux, il ouvre rapidement la voie à des interprétations multiples. Ainsi, l’irruption de ces attaques peut d’abord être comprise comme la manifestation du chaos surgissant dans un monde trop ordonné : Bodega Bay, communauté tranquille et presque figée, voit son équilibre bouleversé dès l’arrivée de Melanie Daniels, figure moderne et libre qui dérange les routines établies. Les oiseaux semblent alors matérialiser cette fragilité de l’ordre social.

Parallèlement, le film peut se lire comme une extériorisation des tensions psychologiques qui traversent les personnages. Les jalousies, les désirs inavoués ou les peurs d’abandon — notamment autour du trio Melanie–Mitch–Lydia — trouvent un écho dans les attaques, lesquelles surviennent souvent après des moments de tension émotionnelle. De ce point de vue, les oiseaux deviennent les messagers d’un refoulé qui se déchaîne. Cette dimension intime s’articule aussi avec une lecture plus large : dans le contexte de la Guerre froide et des angoisses nucléaires, les oiseaux incarnent une force irrationnelle et imprévisible, rappelant la vulnérabilité de l’homme face à un monde qui lui échappe. L’absence totale d’explication scientifique renforce cette impression d’un univers devenu opaque, où le sens se dérobe.

Certains critiques ont vu dans le film une dimension quasi morale, comme si la communauté était punie pour ses hypocrisies et ses non-dits. Sans valider explicitement cette interprétation, Hitchcock laisse planer une ambiguïté qui nourrit le malaise. D’ailleurs, la mise en scène elle-même — fondée sur l’attente, le silence, la montée progressive de la peur — suggère que le véritable sujet du film est peut-être moins l’attaque que la peur elle-même, sa propagation et son pouvoir de désorganisation. Les Oiseaux apparaît comme une œuvre profondément moderne, où l’inexplicable devient le moteur du récit. La fin ouverte, qui refuse toute résolution, confirme cette orientation : rien n’est expliqué, rien n’est apaisé. Le film se clôt sur une inquiétude persistante, comme pour rappeler que l’ordre humain n’est jamais qu’un fragile vernis.


L’histoire et les extraits

Un vendredi après-midi, Melanie Daniels, une belle et riche jeune femme, rencontre l’avocat Mitch Brenner chez un marchand d’oiseaux. Brenner fait semblant de la prendre pour une employée et lui demande un couple d’oiseaux, des inséparables, qu’il veut offrir à sa jeune sœur Cathy.  Le lendemain matin, Melanie se rend à l’appartement de Mitch avec un couple d’inséparables. Elle apprend qu’il est parti pour tout le week-end à Bodega Bay. Elle décide d’aller là-bas en voiture, avec les oiseaux. Sur place, elle rencontre l’institutrice, Annie Hayworth. Melanie loue un bateau et traverse la baie pour déposer discrètement la cage à la ferme des Brenner. Mitch l’aperçoit de loin. Il prend sa voiture pour la retrouver au port. Alors que Melanie aborde le quai, une mouette fonce sur elle. Mitch assiste à l’attaque. Il l’entraîne dans le restaurant. La mère de Mitch, Lydia, survient dans le restaurant. Elle se montre réservée à l’égard de Melanie, voire hostile. Mitch, avec malice, invite Melanie à dîner. Celle-ci accepte et décide de rester à Bodega Bay. Elle retourne à la maison de l’institutrice, qui lui loue une chambre pour la nuit.

A la ferme, Lydia est préoccupée par ses poules, qui refusent de manger. Elle glisse à son fils qu’elle n’apprécie guère ce « genre de fille » ! En fin de soirée, Mitch fait subir un contre-interrogatoire à Melanie, qui part agacée. Dehors, les fils télégraphiques sont peuplés d’oiseaux… Dans la maison de l’institutrice, celle-ci parle à Melanie de ses relations avec Mitch, et de Lydia. Mitch téléphone pour inviter Melanie à l’anniversaire de Cathy le lendemain. Un coup violent est porté contre la porte. Les deux femmes se précipitent et trouvent une mouette, morte, sur le seuil. Ce dimanche, Cathy fête ses 11 ans. Melanie s’éloigne avec Mitch et fui raconte qu’elle a été abandonnée par sa mère au même âge. Les enfants jouent à colin-maillard, quand, soudain, des mouettes piquent droit sur eux ! Panique… Les adultes les font rentrer à l’abri. Le soir, alors que Melanie dîne chez les Brenner, des moineaux en grand nombre font irruption par la cheminée. Ils envahissent la pièce, volètent et piaillent, tandis que les trois femmes tentent de se protéger et que Mitch essaie, sans grand succès, de les chasser.

Le matin, Lydia arrive chez son voisin, Dan Fawcett, pour lui parler de ses poules. Elle le trouve mort, les yeux atrocement becquetés. Elle s’enfuit, la bouche ouverte dans un cri silencieux, et rentre précipitamment chez elle. Melanie propose d’aller chercher Cathy à l’école. Alors que Melanie attend la fin des cours devant l’école, les corneilles se rassemblent. Craignant une attaque, elle en informe Annie et toutes deux font sortir les enfants en leur demandant de courir s’abriter en ville. Les corneilles prennent leur vol et attaquent les enfants qui s’enfuient en hurlant. Après l’attaque contre les enfants, les oiseaux s’en vont. Melanie gagne le restaurant de Bodega Bay, où Mitch la rejoindra plus tard. Les événements sont commentés par les serveurs et les clients. La conversation est interrompue par l’agression d’une mouette contre le pompiste, suivie d’une explosion, d’un incendie et de l’attaque des oiseaux. Les clients du restaurant sortent pour porter secours aux victimes et sont agressés violemment par les mouettes. Melanie trouve refuge dans une cabine téléphonique. L’attaque est dès lors vécue de l’intérieur de la cabine, percutée par les oiseaux. La jeune femme est finalement sauvée par Mitch, qui la ramène dans le restaurant.

Mitch et Melanie trouvent un groupe de femmes rassemblées dans un couloir, loin des fenêtres. Une mère accuse Melanie d’avoir apporté cette malédiction sur la ville. Mitch et Melanie vont chercher Cathy chez Annie. Ils découvrent le corps sans vie de celle-ci, et Cathy terrifiée. Ils rentrent à la ferme. Face au risque de nouvelles attaques d’oiseaux venant de l’extérieur, Mitch barricade toutes les fenêtres de sa maison. Puis il s’installe à l’intérieur avec sa mère, Melanie et Cathy. L’attaque survient, brutale et violente. Elle cesse soudainement, les laissant dans l’obscurité. Tôt le matin, Melanie, seule éveillée, entend un bruit à l’étage. Elle monte et découvre un trou dans le toit. Des dizaines d’oiseaux l’assaillent. Elle finit par s’effondrer, bloquant la porte. Mitch vient à son secours. Melanie est sérieusement blessée. Lydia devient bienveillante avec elle. Melanie doit être conduite à l’hôpital. Mitch parvient à rejoindre le garage en une longue séquence admirable. Avec d’infinies précautions, il réussit à sortir la voiture et à la garer devant la porte d’entrée. Il retourne ensuite dans la maison pour chercher les trois femmes. Tous quatre réussissent à sortir et à s’installer dans la voiture, avec les inséparables. La voiture s’éloigne très lentement, parmi des milliers d’oiseaux massés partout sur le sol et les bâtiments.


Dès Les Cheveux d’or (The Lodger, 1927), Hitchcock prit l’habitude de faire une apparition dans ses films. Il prétendit d’abord économiser ainsi un figurant, mais avouera plus tard qu’il s’était inspiré de l’apparition de Chaplin dans L’Opinion publique (A Woman of Paris, 1923). Ici, on le voit sortir de la boutique Davidson avec ses deux chiens, Geoffrey et Stanley.

ALFRED HITCHCOCK
Alfred Hitchcock fut l’un des seuls cinéastes dont le physique et le nom étaient aimés du grand public. Chacun connaissant sa silhouette ronde au visage de ras bébé. Son sens de la publicité, ses apparitions télévisées, sa présence dans les bandes annonces de ses œuvres, ses passages dans ses propres films, tout cela avait contribué à le rendre célèbre. Il était aussi populaire que les plus grosses vedettes du cinéma international.



Un anglais bien tranquille (période 1899-1929)
Alfred Hitchcock est né en Angleterre, le 13 août 1899, au sein d’une famille de catholiques. Son père était un riche marchand de volailles. Il aimait le théâtre, mais se voulait rigoureux en matière de discipline et de religion. L’enfance heureuse d’Alfred fut marquée par un incident qu’il n’oubliera jamais. Lire la suite…

Sur la piste du crime (période 1929-1939)
La première expérience parlante d’Hitchcock, ce sera Blackmail (Chantage, 1929). Aujourd’hui, cette œuvre conserve une authentique modernité. L’auteur y installe des personnages et des situations qui alimenteront ses films postérieurs : la femme coupable, le policier amoureux de la femme qu’il doit arrêter, l’union terrible par un secret encore plus terrible, l’itinéraire vécu par un couple et la traversée des apparences.

Hollywood et la guerre (période 1940 – 1944)
A la veille de la guerre, l’industrie cinématographique américaine domine le marché mondial. De nombreux cinéastes européens ont raillé Hollywood. la domination nazie accélérera cette migration, mais ce cosmopolitisme convient au public national. Ce peuple d’émigrants aime le cinéma. les images satisfont ses fantasmes et bercent ses espoirs. Il se retrouve culturellement devant des produits conçus par des réalisateurs européens.

Expérimentations (période 1945-1954)
Rentré aux U.S.A. après avoir réalisé Bon voyage et Aventure malgache (courts métrages à la gloire de la résistance française réalisés en Angleterre), Hitchcock tourne une production de Selznick : Spellbound (La Maison du docteur Edwards). Cette fois, la chasse à l’homme et la formation d’un couple s’inscrivent dans une structure plus complexe. La psychanalyse règne sur l’œuvre.

Le temps de la perfection (période 1954 -1966)
En 1954, Hitchcock entre à la Paramount. Il y restera de longues années et en deviendra l’une des plus fortes valeurs commerciales. Il commence par l’adaptation d’une nouvelle de Corneil Woolrich (William Irish) : Rear window (Fenêtre sur cour). C’est l’histoire d’un reporter photographe qui a la jambe dans le plâtre. Il passe son temps à observer ses voisins. de l’autre côté de la cour.

Les dernières œuvres (période 1966 – 1976)
Au cours de la période 1966-1976, Alfred Hitchcock ne tournera que quatre films. Deux se rattacheront au cycle des œuvres d’espionnage. Les autres exploiteront la veine du thriller. En 1966, Torn curtain (le Rideau déchiré) devait choquer les critiques de gauche. Ils accusèrent le film d’être une œuvre anticommuniste et suggérèrent que son auteur était en train de devenir gâteux.


LES FILMS D’HITCHCOCK SUR MON CINÉMA À MOI
THE LODGER (Les Cheveux d’or) 1927
BLACKMAIL (Chantage) 1929
THE 39 STEPS (Les 39 marches) 1935
SABOTAGE (Agent secret) 1936
YOUNG AND INNOCENT (Jeune et innocent) 1937
THE LADY VANISHES (Une femme disparaît) 1938
JAMAICA INN (La Taverne de la Jamaïque) 1939
REBECCA 1940
SUSPICION (Soupçons) 1941
SABOTEUR (Cinquième colonne) 1942
SHADOW OF A DOUBT (L’ombre d’un doute) 1943
LIFEBOAT 1944
SPELLBOUND (La Maison du docteur Edwardes) 1945
NOTORIOUS (Les Enchaînés) 1946
THE PARADINE CASE (Le Procès Paradine) 1947
ROPE (La Corde) 1948
STAGE FRIGHT (Le Grand Alibi) 1950
STRANGERS ON A TRAIN (L’Inconnu du Nord-Express) 1951
I CONFESS (La Loi du silence) 1953
DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) 1954
REAR WINDOW (Fenêtre sur cour) 1954
TO CATCH A THIEF (La Main au collet) 1955
THE TROUBLE WITH HARRY (Mais qui a tué Harry ?) 1955
THE MAN WHO KNEW TOO MUCH (L’Homme qui en savait trop) 1956
VERTIGO (Sueurs froides) 1958
NORTH BY NORTHWEST (La Mort aux trousses) 1959
PSYCHO (Psychose) 1960
THE BIRDS (Les Oiseaux) 1963
TORN CURTAIN (Le Rideau déchiré) 1966
FRENZY (1972)




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1 réponse »

  1. Ton article est une sacrée mine sur Les Oiseaux : à la fois passionné, documenté, et super agréable à suivre. J’aime beaucoup la façon dont tu rappelles le pari fou d’Hitchcock : pousser la technique dans ses retranchements tout en gardant le mystère total sur “pourquoi” — parce que tu le dis très bien, la raison est l’ennemie de la terreur.

    Et ton passage “du chaos à la peur” fonctionne à fond : Bodega Bay comme microcosme trop ordonné, l’irruption de l’irrationnel, les tensions intimes (Melanie/Mitch/Lydia) qui semblent appeler les attaques… C’est exactement ce qui rend le film si moderne : il ne rassure jamais, il laisse une inquiétude “en suspension”, jusque dans cette fin ouverte sans le mot FIN.

    Mention spéciale aussi pour tout le boulot de coulisses (Hunter/McBain, Bodega Bay, les storyboards, le son sans musique) : on sent le chantier titanesque derrière un film qui paraît “simple” au premier regard. Bref, un papier qui donne envie de le revoir, et surtout de le revoir avec tes clés de lecture en tête.

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