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Mon Cinéma à Moi

Mon Cinéma à Moi, ce sont les films, les acteurs, actrices et réalisateurs que j'aime. Mon but : faire découvrir ou redécouvrir un cinéma d'une autre époque qui a contribué à ce qu'il est devenu aujourd'hui.

ZIEGFELD FOLLIES – Vincente Minnelli (1945)

Dans un paradis de coton et de marbre, Florenz Ziegfeld se remémore ses souvenirs terrestres. Il fut un très célèbre directeur de revue à Broadway. Un à un, ses numéros défilent dans sa mémoire. Ne vous laissez pas effrayer par les automates mal dégrossis qui ouvrent le film. Dans un Broadway cartonné façon école maternelle, Vincente Minnelli commence par évoquer la pré-histoire de la comédie musicale, avec toute sa mièvrerie archaïque. Au fil du temps, il nous laisse contempler l’éclosion de ce genre féerique, pour accéder à l’apothéose, avec des numéros étincelants, peut-être parmi les plus beaux que Hollywood nous ait offerts. A la manière d’un reportage foutraque et raffiné, il laisse les étoiles du genre (Fred Astaire, Judy Garland…) jouer leur propre rôle, et se gausse des futures hagiographies documentaires que la télévision leur consacrera. Une fantaisie brillante et prémonitoire qui nécessiterait peut-être un petit remontage : l’humour de certains sketchs non musicaux a mal vieilli, mais la folie brûlante des autres compense largement ces faiblesses. Allez, s’il fallait n’en garder que deux, ce serait sans aucun doute la lévitation éthylique de Cyd Charisse, blottie dans un nuage de bulles de champagne, et le frissonnant Love, que Lena Horne psalmodie comme une formule hypnotique… [Télérama – Marine Landrot]

L’ASSASSIN HABITE AU 21 – Henri-Georges Clouzot (1942)

Paris est sous la menace d’un assassin qui laisse une ironique signature : Monsieur Durand. L’inspecteur Wens découvre que le coupable se cache parmi les clients de la pension Mimosas, au 21, avenue Junot… Un plateau de jeu (la pension), quel­ques pions colorés (ses habitants), et la partie de Cluedo peut commencer. Le ­roman s’ingéniait à égarer le lecteur détec­tive, de fausse piste en chausse-trape, jusqu’à la pirouette finale. Si le procédé est classique, façon Agatha Christie, le résul­tat à l’écran l’est beaucoup moins : goguenard, l’auteur croquait quelques belles tranches d’humanité. Pour son ­premier film, Clouzot adapte ce pessimisme ironique à son univers. Au passage, il prend quelques libertés. Occupation oblige, l’assassin, de Londres, déménage à Paris. Les héros du Dernier des six, précédente adaptation d’une œuvre de Steeman, sont chargés de l’enquête : l’inspecteur Wens (Pierre Fresnay, magistral) et son enquiquineuse de petite amie, Mila Malou (pétulante Suzy Delair). Mais surtout, entre humour et cruauté, le jeu policier prend un étrange et dérisoire relief, une véritable profondeur psychologique. Un régal, qui annonce un chef-d’œuvre à venir, Le Corbeau.  [Cécile Mury – Télérama]

LA VERITÉ SUR BÉBÉ DONGE – Henri Decoin (1952)

Cette fin d’année 1951 va s’achever avec le tournage du film-somme de Decoin, La Vérité sur Bébé Donge. Il y retrouve Danielle Darrieux, Simenon. Et il y rencontre, pour la première fois, Jean Gabin. Cela aurait pu être une honnête adaptation de Simenon, comme Decoin en a déjà concocté plusieurs, ou un film de monstres sacrés, comme il y en avait tant. Ce sera autre chose. Et l’on aurait garde d’oublier, dans l’hommage, dans l’éblouissement, Maurice Aubergé, scénariste-adaptateur exemplaire.

REAR WINDOW (Fenêtre sur cour) – Alfred Hitchcock (1954)

Immobilisé dans son appartement avec une jambe cassée, le photographe L.B. Jefferies observe ses voisins, leur prêtant des vies imaginaires, jusqu’à ce qu’un cri dans la nuit le persuade que l’un d’eux est un meurtrier. Avec Rear Window (Fenêtre sur cour), Hitchcock montre qu’il peut être dangereux d’épier ses voisins. Dans ce thriller haletant, une curiosité bien naturelle – et sans doute compréhensible – envers la vie des autres plonge James Stewart et Grace Kelly dans un cauchemar de meurtre et de suspense. 

DOUCE – Claude Autant-Lara (1943)

Douce est d’emblée considéré comme un grand film, le meilleur réalisé à ce jour par Claude Autant-Lara. D’après les agendas de François Truffaut, le futur réalisateur des Quatre Cents Coups (1959) est allé le voir sept fois durant son adolescence. D’autres jeunes cinéphiles de l’époque m’ont dit l’impression forte qu’ils en ont reçue : Jean Douchet, Alain Cavalier. Aujourd’hui, il fait partie des quatre ou cinq meilleurs films du cinéaste. Il me semble posséder un climat particulier qu’on ne trouve dans aucune autre œuvre de Lara, et que décrit très bien la fiche de Radio-Cinéma-Télévision : « Cette ombre qui émane de certains personnages, leurs silences, leurs regards équivoques, leurs chuchotements à double entente tissent un climat de mystère, d’insécurité, qui n’est pas sans faire ressembler cette maison opulente et sombre aux palais raciniens. » Il est permis d’avoir un faible pour Douce, ce film à part. [Claude Autant-Lara – Jean-Pierre Bleys – Institut Lumière – Actes Sud (2018)]

LA MÔME VERT-DE-GRIS – Bernard Borderie (1953)

La passion des Français pour la Série noire va de pair avec leur goût démesuré pour les films de gangsters sombres qu’ils ont découverts après la guerre. En 1946, le critique Nino Frank utilise l’expression film noir pour qualifier ces films, dont les Français ne tardent pas à donner leur interprétation, à commencer par André Hunebelle avec sa trilogie Mission à Tanger (1949), Méfiez-vous des blondes (1950) et Massacre en dentelles (1952). Sur les premiers scénarios de Michel Audiard, qui en écrira plus d’une centaine d’autres – dont de nombreux noirs – ces films projettent le spectateur des lieux exotiques ciblés pour le marché français (Tanger, Londres, Venise) et racontent le quotidien mouvementé du journaliste Georges Masse, incarné par Raymond Rouleau. Comme l’expliquent Raymond Borderie et Étienne Chaumeton dans leur « Panorama du film noir américain » (1955), «le héros du film est un journaliste d’investigation avec un sérieux penchant pour le whisky et les femmes. Il rappelle ces détectives décontractés dont William Powell fut un temps le prototype ». [Film Noir 100 All-Time Favorites – Paul Duncan, Jürgen Müller – Edition Taschen – (2013)]

IMITATION OF LIFE (Mirage de la vie) – Douglas Sirk (1959)

C’est avec ce remake d’Imitation of life (1934), de John Stahl, que Douglas Sirk fit ses adieux à Hollywood. Des adieux bouleversants, à travers quatre figures féminines : Lora, qui rêve d’être ­actrice ; Annie, sa servante noire si dévouée ; leurs deux filles, ­Susie et Sarah Jane, cette dernière si blanche de peau qu’elle renie ses origines. Et les hommes ? Ils comptent si peu… Encore plus qu’à l’accoutumée chez Sirk, les femmes d’Imitation of life sont des personnages plus grands que la vie, excessives dans leurs joies, leurs peines, jusqu’à mourir de chagrin, comme Annie, dont la séquence de l’enterrement au son d’un gospel chanté par Mahalia Jackson est l’un des monuments les plus inoubliables de l’histoire du mélo. Le contraste frappant entre la blondeur platine de Lora (­Lana Turner) et la peau noire d’Annie, son amie qui restera sa bonne, est un message clairement ironique sur la question raciale dans l’Amérique des années 1950. Avant que Sirk ose une séquence d’une violence rare pour l’époque, où une ordure raciste bat Sarah Jane, dont la blancheur de peau n’est qu’un mirage. « Sans amour, tu vis seulement une imitation de la vie », dit la chanson du générique. Le fond du film ne cesse de condamner cette imitation, et sa forme de la célébrer. Paradoxe éblouissant. [Guillemette Odicino – Télérama]

THE BIG SLEEP (Le Grand sommeil) – Howard Hawks (1946)

Le vieux général Sternwood charge le détective privé Marlowe de résoudre une affaire de chantage dans laquelle est impliquée sa fille Carmen, une jeune femme aux mœurs très libres. L’enquête conduit le détective sur la piste d’un complot meurtrier dans lequel la jolie Vivian, la seconde fille du général, semble jouer elle aussi un rôle obscur. En s’éprenant de cette dernière, Marlowe va devenir la cible de bandes rivales. Ce court résumé ne saurait faire oublier que The Big Sleep est l’un des rares classiques d’Hollywood à posséder une intrigue aussi illogique que nébuleuse…

THE MALTESE FALCON (Le Faucon maltais) – John Huston (1941)

Une caméra plane au-dessus de San Francisco sur un air de swing endiablé, puis le nom de l’agence des détectives privés, « Sam Spade and Miles Archer », s’affiche en grandes lettres. L’objectif s’attarde sur le héros : quelques secondes suffisent à nous entraîner dans un tourbillon de mensonge, de trahison et de meurtre. Nous y sommes en bonne compagnie puisque le héros est le détective privé le plus célèbre d’Hollywood, Sam Spade, interprété par l’idole du film de gangsters et de détectives Humphrey Bogart.

PATTES BLANCHES – Jean Grémillon (1949)

Pattes Blanches, entrepris de façon quasi impromptue présente a priori tous les inconvénients d’une commande : le scénario d’Anouilh devait être réalisé par le dramaturge lui-même, s’il n’en avait été empêché par des problèmes de santé à la veille du tournage. Grémillon reprend donc le projet « au vol » mais y fait quand même un certain nombre de modifications ; l’histoire qui se passait au 19e siècle, est transposée de nos jours et Grémillon embauche, à côté de l’actrice Suzy Delair déjà engagée, la plupart des comédiens qui devaient tourner Le Printemps de la liberté : Arlette Thomas, Michel Bouquet, Fernand Ledoux, Paul Bernard, Jean Debucourt ; trois d’entre eux ont déjà travaillé avec Grémillon, Fernand Ledoux pour Remorques, Paul Bernard pour Lumière d’été, Jean Debucourt pour Le Ciel est à vous. On retrouve aussi Léon Barsacq, le décorateur de Lumière d’été, dont les esquisses et maquettes pour Le Printemps de la liberté sont restées célèbres. Malgré son caractère improvisé, la réalisation de Pattes Blanches paraît donc avoir au lieu dans des conditions assez favorables, y compris le tournage des extérieurs en Bretagne, patrie d’élection du cinéaste.

DESIGNING WOMAN (La Femme modèle) – Vincente Minnelli (1957)

Il est journaliste sportif, habite dans « une boîte à chaussures » désordonnée, aime le poker et les copains, se nourrit de sandwiches et de bière. Elle est modéliste, habite dans un appartement spacieux et moderne, fréquente le tout New York et ses amis sont raffinés. Voici une fois de plus deux mondes apparemment inconciliables face à face.  Et lorsqu’ils doivent cohabiter (partie de poker d’un côté, répétition du show musical de l’autre), l’harmonie n’est guère possible.

LANA TURNER

À la fin des années 1930, la MGM façonne Lana Turner en icône moderne, star de films noirs et de mélodrames. Souvent vue comme un simple sex‑symbol, elle est pourtant reconnue par plusieurs grands réalisateurs, tandis que sa vie finit par rappeler les drames qu’elle jouait à l’écran.