RAY MILLAND devant et derrière la caméra

Tous les films interprétés par Ray Milland ne méritent pas de passer à la postérité. Cet acteur d’origine britannique n’en a pas moins marqué Hollywood, qui sut lui faire confiance et lui permettre de réaliser son ambition : passer à la mise en scène.

Ray Milland

L’obtention d’un Oscar ne marque pas nécessairement un tournant dans la carrière d’un acteur. Tel fut néanmoins le cas de Ray Milland, avec celui qu’il reçut pour son interprétation dans The Lost Weekend (Le Poison, 1945) de Billy Wilder. Jusqu’alors, le comédien n’était guère apparu que dans des œuvres légères ou sentimentales, et ce fut une surprise que de voir Billy Wilder lui confier le rôle d’un écrivain alcoolique, en proie à une grave crise existentielle. Ce changement soudain de registre ne manqua pas de piquer la curiosité des spectateurs, et la vérité oblige à dire que Ray Milland ne fit aucune concession à son image d’acteur de comédies : son interprétation fut remarquable de «sobriété », de solidité et de sérieux, avec même une pointe de monotonie.

The Lost Weekend (Le Poison) de Billy Wilder (1945), avec Ray Milland, Jane Wyman

Par bien des aspects,The Lost Weekend représente le point culminant d’une carrière commencée fort discrètement. Né le 3 janvier 1905 au pays de Galles, Reginald Truscott-Jones était un jeune et sémillant officier de la Garde lorsque ses relations privilégiées avec l’actrice Estelle Brody lui permirent de tenir un petit rôle dans The Plaything (1929), sous le pseudonyme de Spike Milland. Il poursuivit l’expérience et fit des apparitions plus consistantes dans les premiers films parlants britanniques, notamment dans la première version de The Informer (1929), d’Arthur Robinson, où il jouait aux côtés de Lya de Putti et de Lars Hanson, et dans The Lady from the Sea (1929). Recommandé par Anita Loos, il vint alors tenter sa chance à Hollywood, un contrat de la MGM en poche.

Ray Milland

Avec C. Aubrey Smith et Marion Davies, il fut, sous le nom définitif de Ray Milland, l’un des principaux interprètes de The Bachelor Father (1930), une désopilante comédie de Robert Z. Leonard d’après une pièce d’Edward Childs Carpenter. Moins heureuse, en revanche, fut sa prestation dans le très médiocre Just a Gigolo (1931), de Jack Conway. Après plusieurs autres rôles, le plus souvent insignifiants, il put enfin donner toute la mesure de son talent naissant dans Payment Deffered (1932), un film de Lothar Mendes où il donnait excellemment la réplique à Charles Laughton.

Bulldog Drummond Escapes de James P. Hogan avec Ray Milland, Heather Angel
Vedette de la Paramount

De retour en Grande-Bretagne, Ray Milland tourne notamment, pour la Gaumont British, une vieille farce militaire intitulée Orders Is Orders (1933). Mais il revient aussitôt à Hollywood, engagé cette fois par la Paramount, avec laquelle il va travailler pendant près de vingt ans. Conformément à sa politique traditionnelle à l’égard des comédiens qu’elle tient sous contrat, la Paramount s’ emploie à « modeler » Ray Milland en lui confiant des rôles de second plan dans des films de routine comme We’re not Dressing (1934) de Norman Taurog, où il est l’arrogant rival de Bing Crosby, ou bien de jeune premier dans des comédies comme l’amusant Many Happy Returns (1934), où il est le faire-valoir de George Burns et de Gracie Allen, et parfois même des premiers rôles dans des films de série B. En 1935, il tourne dans quatre films, entre autres, sous la direction de Frank Tuttle dans The Glass Key, première version cinématographique du célèbre roman policier de Dashiell Hammett «La Clé de verre ».

The Major and the Minor (Uniformes et jupons courts) de Billy Wilder (1942) avec Ginger Rogers, Ray Milland

Ray Milland commence alors à interpréter des œuvres d’une certaine importance, comme The Jungle Princess (Hula, fille de la brousse, 1936), de William Thiele, dont Dorothy Lamour est la vedette, ou comme Bulldog Drummond Escapes (1937), où il s’affirme dans le rôle du détective précédemment interprété par Ronald Colman. Devenu vedette à part entière avec Easy Living (Vie facile, 1937), une délicieuse comédie de Mitchell Leisen au terme de laquelle, en fils de millionnaire indépendant, il réussit à gagner le cœur de l’héroïne (Jean Arthur), il tourne à nouveau aux côtés de Dorothy Lamour dans Her Jungle Love (Toura, déesse de la jungle, 1938), puis dans Men With Wings (Les Hommes volants, 1938), de William Wellman. L’année suivante, il sera l’un des trois frères qui, dans Beau Geste (1939), du même William Wellman, s’engagent dans la Légion étrangère.

Easy Living (Beau Geste) de William A. Wellman (1939) avec Gary Cooper, Ray Milland

Sa meilleure chance, la Paramount la lui offrira quand elle l’enverra en Grande-Bretagne tourner, sous la direction d’Anthony Asquith, la version britannique de French Without Tears (En français, messieurs !, 1939), d’après la comédie de Terence Rattigan. Seul acteur connu de ce film décevant, mais où il sut tirer son épingle du jeu, Ray Milland est alors en passe d’être… une star.

The Uninvited (La Falaise mystérieuse) de Lewis Allen (1944) avec Ray Milland, Gail Russell

Revenu aux Etats-Unis, où il fait désormais l’unanimité de la critique, Ray Milland devient l’indispensable et élégant jeune homme de films comme Irène (1940), une comédie musicale avec Anna Neagle, ou comme Arise my Love (1940), de Mitchell Leisen, film écrit par Leigh Brackett et Billy Wilder, et dans lequel il prend part à la guerre d’Espagne de manière plutôt ambiguë. Si dans Reap the Wild Wind (Les Naufrageurs des mers du Sud, 1942), l’excellent et très spectaculaire film de Cecil B. DeMille, on le voit affronter un gigantesque poulpe au cours d’un fantastique duel sous-marin, il n’en trouvera pas moins un rôle plus à sa mesure dans The Major and the Minor (Uniformes et jupons courts, 1942), la première comédie américaine de Billy Wilder, où il figure en tête d’affiche avec Ginger Rogers. C’est d’ailleurs à la suite de cette heureuse expérience que Billy Wilder fera appel à lui pour The Lost Weekend.  Entre-temps, Ray Milland jouera dans The Uninvited (La Falaise mystérieuse, 1944), un très beau film fantastique méconnu de Lewis Allen, dans Ministry of Fear (Espions sur la Tamise, 1944), de Fritz Lang, remarquable adaptation d’un roman de Graham Greene, et dans Lady in the Dark (Les Nuits ensorcelées, 1944), fastueuse et curieuse comédie musicale de Mitchell Leisen avec Ginger Rogers.

THE BIG CLOCK de John Farrow (1948) avec Ray Milland, Charles Laughton, Maureen O’Sullivan

Si The Lost Weekend a valu à Ray Milland un prestige considérable, force est de constater qu’il n’aura pas souvent l’occasion, à la Paramount, de tourner des films de la même qualité. Il faut toutefois citer un curieux film de Leisen, Golden Earrings (Les Anneaux d’or, 1947), dans lequel Marlene Dietrich campait une gitane farouchement antinazie, The Big Clock (La Grande Horloge, 1948), de John Farrow, et A Life of Rer Own (Ma vie à moi, 1950), qu’il interprète avec Lana Turner sous la direction peu inspirée de George Cukor. Enfin, il formera avec Joan Fontaine un couple d’alcooliques dans  Something to Live For (L’Ivresse et l’amour, 1952), de George Stevens.

Dial M for Murder (Le crime était presque parfait) d’Alfred Hitchcock (1954) avec Ray Milland, Grace Kelly, Robert Cummings, John Williams
Ray Milland metteur en scène

En quittant la Paramount, en 1953, Ray Milland va retrouver des rôles dramatiques de première importance, notamment dans Dial M for Murder (Le crime était presque parfait, 1954), d’Alfred Hitchcock, dans The Girl in the Red Velvet Swing (La Fille sur la balançoire, 1955), de Richard Fleischer, ou dans l’admirable  The River’s Edge (Le Bord de la rivière, 1957) d’Allan Dwan. On le verra également dans un registre bien différent dans  The Premature Burial (L’Enterré vivant, 1962) de Roger Connan. Mais surtout, il pourra alors satisfaire une vieille ambition et réaliser ses propres films, avec d’ailleurs une certaine réussite.

Ministry of Fear (Espions sur la Tamise) de Fritz Lang (1944) avec Ray Milland, Marjorie Reynolds

En tant que metteur en scène, Ray Milland devait faire des débuts remarquables, avec  A Man Alone (Un homme traqué, 1955), western à petit budget dont la première demi-heure, muette, ne manquait certes pas d’originalité. Si dans  Lisbon (L ‘Homme de Lisbonne, 1956), il faisait une élégante incursion dans le cinéma policier il devait décevoir, par contre, avec The Safecracker (Le Perceur de coffres, 1958), film très impersonnel réalisé en Grand-Bretagne. Mais en dépit de ses limites et de son conformisme idéologique, son œuvre la plus passionnante demeure assurément  Panic in Year Zero (Panique, année zéro, 1962), où il tient le rôle principal aux côtés de Frankie Avalon.
Il se consacrera ensuite à des rôles de caractère, toujours égal à lui-même, comme dans Love Story (1970). Il écrit son autobiographie « Wide-Eyed in Babylon » en 1974. Il décéda le 10 mars 1986 à Torrance  en Californie.

A Life of Her Own (Ma vie à moi) de George Cukor (1950) avec Lana Turner, Ray Milland
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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. roijoyeux dit :

    Un acteur excellent, j’ai vu les classiques « Lost week end » et « Dial M… » de Hitchcock, j’en sais davantage maintenant merci Laurent 🙂

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