Le Film étranger

FRENZY – Alfred Hitchcock (1972)

Une femme nue, étranglée, flotte sur la Tamise… Le tueur à la cravate a encore sévi. Scotland Yard resserre son étau autour d’un homme, dont tout laisse supposer la culpabilité. Mais faut-il se fier aux apparences… ? Au début des années 1970, le retour inattendu d’Alfred Hitchcock en Grande-Bretagne pour tourner un petit film de deux millions de dollars n’est pas considéré comme un événement marquant. C’est pourtant dans ces conditions que le réalisateur fera naître le chef-d’œuvre de la fin de sa carrière, un thriller moderne a qui mêle subtilement le macabre et l’humour.

Au tournant des années 1970, désireux de se soustraire à la pression hollywoodienne, Alfred Hitchcock revint sur un livre qu’il avait lu quelque temps auparavant, sans s’y arrêter vraiment : Goodbye Piccadilly, Farewell Leicester Square, d’Arthur La Bern. L’ouvrage était un peu bancal, mais il présentait l’intérêt de se dérouler à Londres. Partir pour Londres présentait à ce moment de la carrière du réalisateur d’indéniables avantages, dont celui d’échapper aux exigences des studios hollywoodiens. En Grande-Bretagne, il serait plus facile de réaliser un film peu onéreux dans de bonnes conditions. Hitchcock pouvait compter là-bas sur une équipe de qualité, autant que sur des comédiens chevronnés, tout en retrouvant la ville de son enfance et du début de sa carrière.

Le 31 décembre 1970, Anthony Shaffer reçut un appel étrange : un homme prétendant s’appeler Alfred Hitchcock lui proposait d’adapter un roman de La Bern… Quand il comprit qu’il ne s’agissait pas d’un canular, Shaffer accepta volontiers la collaboration. Toutefois, le roman de La Bern nécessitait un sérieux toilettage. Hitchcock pensait notamment que le procès occupait une trop grande place dans l’histoire. Il lait également éviter l’atmosphère trop uniquement sordide du roman et introduire une bonne dose d’humour, condition sine qua non pour faire « un bon Hitchcock ». La collaboration s’avéra fructueuse, le réalisateur allant jusqu’à affirmer qu’ils avaient passé de « bons moments », ce qui constituait un grand éloge.

Dans les premiers mois de 1971, Hitchcock et Shaffer se retrouvèrent à Londres pour effectuer les repérages, une tâche que le réalisateur entreprit avec enthousiasme. Il insista pour que la majorité des prises de vues ait lieu au marché de Covent Garden. L’endroit, qui était promis à un réaménagement de grande ampleur, évoquait pour Hitchcock le Londres de son enfance, quand son père, épicier l’y amenait pour ses affaires. Le réalisateur choisit comme autres extérieurs : Bow Street et Oxford Street, la mairie, l’hôtel Coburg et Henrietta Street où se situe l’appartement de Robert Rusk, là où avait vécu l’écrivain Clemence Dane (1888-1965), précisait-il. Et il s’en remit aux conseils de son scénariste pour intégrer des vues d’un Londres plus moderne, acceptant de filmer l’hôtel Hilton et le nouveau Scotland Yard. Au début de l’été 1971, le scénario était prêt. Le casting pouvait commencer. L’homme qui avait dirigé les plus grandes vedettes du cinéma des cinquante années précédentes, de Peter Lorre et Charles Laughton à James Stewart et Cary Grant, de Maureen O’Hara et Madeleine Carroll à Grace Kelly et Joan Fontaine, eut, semble-t-il, un plaisir immense à travailler avec des acteurs, certes de qualité, mais inconnus du public des salles obscures. La majorité du casting de Frenzy provenait des écoles de théâtre anglaises, et si certains de ces acteurs étaient très connus, c’était pour leur passage sur les planches et non derrière une caméra. Hitchcock n’en revenait pas : «Comme c’est merveilleux de se retrouver ici. J’avais complètement oublié ce que pouvaient m’apporter de bons acteurs. Non seulement ils sont bien préparés, mais ils trouvent toutes sortes d’idées, des trucs fantastiques ! Vivien Merchant et Alec McCowen savaient toutes leurs scènes par cœur avant même la première répétition ! »

Une telle distribution présentait un triple avantage. Outre la qualité du jeu, le choix des acteurs évitait de grever trop fortement le modeste budget de 2 millions de dollars. Il permettait aussi au réalisateur de se reposer sur le talent de ses acteurs pour se consacrer selon son habitude, à l’art cinématographique proprement dit : le maniement de la caméra. Aussi Hitchcock put-il laisser Jon Finch remanier certains dialogues, mais il fut intraitable sur le travail de son caméraman. L’œil averti et aux aguets, il était capable de juger la justesse d’un cadrage à une hauteur de bouton de veston prêt ! La distribution de Frenzy ne répondait pas uniquement à des impératifs matériels. Elle était aussi en parfaite harmonie avec le ton voulu pour le film. Loin des stars hollywoodiennes, ces acteurs et actrices aux visages anonymes devaient plonger le film dans une ambiance très réaliste. Comme le soulignera le cinéaste François Truffaut : « Pour la première fois dans Frenzy, Hitchcock renonce aux héroïnes « glamourous » et sophistiquées, dont le meilleur spécimen reste Grace Kelly, pour recourir à des femmes de la vie de tous les jours et qui sont admirablement choisies. (…) Elles apportaient un nouveau réalisme dans l’œuvre d’Hitchcock, elles renforçaient l’aspect fat divers, elles chargeaient de plausibilité et même de crudité ce nouveau conte macabre d’où tout sentiment est exclu. »

Ayant une idée très précise de ses personnages, Hitchcock n’hésita pas à pousser les acteurs vers des rôles qui ne leur étaient pas familiers, comme le rappellera Alec McCowen (l’inspecteur Oxford) : « Pour ce film, Hitchcock a surtout choisi des acteurs de théâtre qui n’avaient pas d’expérience au cinéma. Il a choisi des interprètes inhabituels par rapport à leurs rôles. Je n’avais jamais joué d’inspecteur de police, et Anna Massey jouait une serveuse cockney, alors qu’en général, elle interprétait les grandes bourgeoises. » Cette distribution audacieuse s’avéra payante, tant la distribution et les interprétations remarquables constituent indéniablement un point fort du film. Le tournage de Frenzy dura 55 jours, d’août à octobre 1971. Il fut réalisé en partie dans les studios de Pinewood, où tous les intérieurs avaient été reconstitués, en partie dans les rues de Londres et de ses environs. Hitchcock aimait s’habiller, bien s’habiller, et ce goût de l’élégance eut une conséquence étrange : il était le seul homme de l’équipe de tournage à porter une cravate !

Le réalisateur fut aussi content du travail de son équipe technique qu’il l’était du jeu de ses acteurs. Cette nouvelle expérience londonienne semble l’avoir galvanisé. Au plaisir de retrouver la capitale de sa jeunesse s’ajoutait celui de renouer avec le souvenir de ses premiers films. Frenzy porte la trace de cette expérience. Les références à la période anglaise du réalisateur jalonnent le scénario. Ainsi, le dialogue de la première scène sur les forfaits de Jack l’Éventreur (envoyait-il un rognon ou un bout de foie de ses victimes à Scotland Yard ?) est un clin d’œil évident aux Cheveux d’or (The Lodger, 1926), tout comme la remarque du tenancier du pub après avoir renvoyé Blaney (« On est à Covent Garden, pas au jardin des plaisirs ») fait référence à The Pleasure Garden (1925). Quant au rôle de l’employée de l’hôtel où se rendent Richard et Babs, Hitchcock le confia à une actrice qui avait joué pour lui quarante ans auparavant dans À l’Est de Shangaï (1932) : Elsie Randolph.

L’heureuse collaboration d’Hitchcock et de son scénariste aboutit à l’excellente construction de Frenzy. Chaque élément du scénario est à sa place et participe à la cohérence de l’ensemble. Truffaut parle à ce sujet d’un « monde réduit à l’essentiel où chaque conversation de boutique ou de bistrot porte justement sur les meurtres en question, un monde fait de coïncidences si méthodiquement ordonnées qu’elles se recoupent verticalement et horizontalement : Frenzy offre l’image d’une grille de mots croisés sur le thème de l’assassinat. » Si le thème général de ces mots croisés est l’assassinat, c’est dans le vocabulaire alimentaire qu’il faut chercher ses définitions. La nourriture, la faim et l’appétit sont en effet des thèmes récurrents du film ; ils constituent la trame sur laquelle se déploient les multiples crimes de Robert Rusk. Donald Spoto, biographe d’Hitchcock, a pu écrire avec justesse : «  Dans Frenzy, la nourriture est la métaphore visuelle fondamentale illustrant la voracité dont fait preuve l’homme à l’égard de son prochain. » La symbolique alimentaire est présente partout Le marché de Covent Garden s’y prêtait, mais Hitchcock est allé plus loin, au point de faire de la nourriture son « personnage principal », selon les mots de Spoto. Rusk est vendeur de fruits et légumes. Chacune de ses apparitions met en scène de la nourriture. Il offre du raisin à Blaney. Lors de ses forfaits, les métaphores alimentaires sont légions. Il propose à Brenda de « manger ensemble », se moque de la frugalité de son repas, une pomme, parle des femmes comme de ses fruits : « N’y touchez pas avant qu’ils soient à vous. » Il agresse Brenda en répétant : « Lovely, lovely ! », ce qui peut s’entendre comme le commentaire d’un bon repas : délicieux. Après chaque meurtre, Rusk mange, avant de se curer les dents avec son épingle de cravate.

C’est autour d’un dîner que se retrouvent Blaney et son ex-femme, comme c’est devant un repas pris sur le pouce que progresse d’abord l’enquête policière. L’inspecteur Oxford doit ensuite affronter la cuisine élaborée de sa femme, dans des scènes remplies d’humour, alors qu’il rêve de se nourrir d’eggs and bacon. Les plats, réalisés par un chef français appelé en renfort sur le tournage, sont exagérément caricaturés : pieds de cochons, soupe de poissons où sumage un poulpe entier, petites cailles au raisin…Les références multiples à la nourriture construisent le caractère de chaque personnage. La simple pomme du déjeuner de Brenda, la faim qui tenaille Blaney sans le sou, l’appétit inassouvi de l’inspecteur symbolisent la misère psychologique et sexuelle des personnages. Brenda a voué sa vie au mariage, mais elle vit seule. Blaney, après l’échec de son union avec Brenda, considère qu’il n’est pas fait pour le mariage. L’inspecteur ne parvient pas à être sincère avec sa femme, qui rêve d’un mode de vie élégant (symbolisé par la cuisine française) quand lui préférerait un régime plus populaire… Pour satisfaire son appétit, Rusk n’a d’autre exutoire que de se servir ; il croque la pomme ( qui est aussi le fruit défendu) sans demander la permission.

Frenzy est constitué de deux éléments très hitchcockiens : l’itinéraire d’un assassin et, en parallèle, le parcours d’un homme injustement accusé. Robert Rusk et Richard Blaney, l’assassin et l’innocent, sont étroitement liés. Ils sont amis, partagent les mêmes habitudes, fréquentent le même quartier, jouent tous deux aux courses. Hitchcock va plus loin en poussant la confusion jusqu’à donner la même initiale à leurs prénoms – le « R » de l’épingle de cravate de Rusk. À la violence secrète de l’un répond la violence affichée de l’autre (Blaney s’emporte rapidement, a divorcé de Brenda pour « extrême cruauté », se montre menaçant envers le vieillard qui dort près de lui à l’asile). Par la mise en place de cette confusion, Hitchcock semble pointer du doigt une société toujours prête à se satisfaire des apparences et des on-dit. Ainsi Rusk, le commerçant respecté et serviable, n’est-il pas inquiété, alors que Blaney subit de plein fouet les conséquences de sa situation sociale et sentimentale, au point d’être pris pour le tueur. Son employeur ne s’étonne pas qu’il soit l’assassin, puisqu’il lui a volé un cognac. Après la scène qui oppose Blaney et Brenda au club, c’est tout le poids de la société et de ses a priori qui apparaît dans les regards tournés vers le couple qui s’en va. Aux yeux de tous, un simple employé de pub ( qui plus est, au chômage depuis peu) est forcément plus coupable qu’un honorable commerçant, semble nous dire Hitchcock.

La première mondiale de Frenzy se déroula à Londres, le 25 mai 1972. Présenté ensuite à Cannes, le film fut ovationné. Cette petite production de seulement deux millions de dollars allait rapidement en rapporter seize, ce qui permettra au réalisateur de commencer son film suivant : Complot de famille (Family Plot, 1976) , l’ultime de sa carrière, avec toute l’assurance nécessaire.


Hitchcock apparaît trois fois dans la scène du discours. Il porte un habit exagérément anglais : chapeau melon, costume noir, gants blancs, et joue un spectateur en retrait, peu attentif au discours. On le voit accoudé au muret dans le premier plan large sur l’assemblée, puis au milieu des auditeurs applaudissant et près du spécialiste de Jack l’Éventreur.

La scène manquante

Chaque opus hitchcockien comporte une scène très forte. Dans Frenzy, il s’agit du premier meurtre, d’une violence peu commune dans l’œuvre du maître. Pourtant, Hitchcock dut tempérer son propos au montage. Le réalisateur avait tourné un panoramique haut-bas sur les yeux et la langue pendante de la victime après sa mort. La prise, réalisée avec un objectif de 250 mm et une lentille dioptrique ( qui accentue la netteté de l’image), montrait la salive coulant sur le menton. Jugée trop répugnante, elle fut écartée au montage. D’autres plans furent également abandonnés, comme la main de Brenda glissant du fauteuil au moment où elle expire, ou Rusk sortant du bureau filmé dans un miroir qui laissait voir les jambes de la victime.


Effets spéciaux

Entre les studios de Pinewood, où étaient construits les intérieurs de Frenzy, et les rues de Londres où furent filmés les extérieurs, seule la cohérence du scénario crée un lien. Beaucoup de réalisateurs se seraient satisfaits de tourner les intérieurs et les extérieurs séparément, réunissant les uns aux autres au montage par de simples fondus enchainés. Pas Hitchcock ! Après le véritable exercice de style qu’avait constitué La Corde (Tope,1948), il lui était facile de raccorder deux séquences filmées séparément dans un de ces travellings dont il avait le secret. Le plus étonnant de tous est sans conteste celui qui accompagne le deuxième meurtre. Après que Rusk a amené Babs chez lui et prononcé la phrase fatale (« Vous êtes mon type de femme… »), la caméra s’éloigne en descendant l’escalier dans un travelling arrière d’une grande fluidité, longe à reculons le couloir de l’entrée, sort, et s’éloigne suffisamment de l’immeuble pour laisser pantois les techniciens du cinéma les plus avisés. Le génie d’Hitchcock a été de réunir dans un même plan une séquence tournée, en studio et un extérieur. 

L’intérieur a été filmé en utilisant une grue sur rail pouvant s’élever légèrement au-dessus de la porte du rez-de-chaussée. L’exacte réplique de la façade de l’immeuble avait été reconstituée en studio. Après avoir descendu l’escalier, au moment où la caméra se trouve au bout du rail, Hitchcock fit passer un homme portant un sac de pommes de terre, filmé en très gros plan. Il ne restait plus alors qu’à terminer le travelling en extérieur, en repartant de l’homme au sac de pommes de terre et en s’éloignant aussi loin que souhaité dans la rue. La coupure est quasi invisible, et la scène donne l’impression d’un mouvement continu depuis la porte du premier étage jusque loin dans la rue.


ALFRED HITCHCOCK
Alfred Hitchcock fut l’un des seuls cinéastes dont le physique et le nom étaient aimés du grand public. Chacun connaissant sa silhouette ronde au visage de ras bébé. Son sens de la publicité, ses apparitions télévisées, sa présence dans les bandes annonces de ses œuvres, ses passages dans ses propres films, tout cela avait contribué à le rendre célèbre. Il était aussi populaire que les plus grosses vedettes du cinéma international.


Distribution

Pour Hitchcock, travailler à Londres présentait plusieurs avantages. Loin du star-système hollywoodien, il pouvait faire appel à des acteurs peu connus, formés sur les planches et, de plus, travaillant à quelques minutes des studios, alors qu’aux Etats-Unis, les comédiens de théâtre étaient installés à Broadway, loin d’Hollywood. Le casting fut donc principalement formé de gens de théâtre, même si le réalisateur avait découvert ses deux protagonistes masculins principaux au cinéma : Jon Finch dans Macbeth de Polanski et Sunday, bloody Sunday de Schlesinger; Barry Foster dans The Twisted Nerve de Roy Boulting. Les actrices ne ressemblaient guère aux habituelles stars hitchcockiennes, répondant en cela au souci de réalisme propre à Frenzy. Barbara Leigh-Hunt faisait ses débuts au cinéma et Anna Massey, qui postulait pour le rôle de la secrétaire, fut heureuse d’apprendre qu’elle jouerait Babs. L’inspecteur et sa femme étaient deux vedettes de théâtre : Alec McCowen et Vivien Merchant. Enfin, Hitchcock choisit Elsie Randolph pour le rôle de la réceptionniste de l’hôtel, quarante ans après l’avoir fait jouer dans l’Est de Shangaï.


L’histoire et les extraits

Le générique de Frenzy se déroule sur un long plan aérien de la capitale britannique. Placée sur un hélicoptère, la caméra s’approche du London Bridge qui s’ouvre comme un rideau de scène : Londres est vraiment le théâtre du nouveau thriller d’Alfred Hitchcock. Devant la Tamise, un notable promet de débarrasser le fleuve des « déchets (et) des corps étrangers »… Un cadavre apparaît flottant sur l’eau ! On reconnaît une nouvelle victime du tueur à la cravate. Touche d’humour, l’orateur croit reconnaître la cravate de son club. Richard Blaney noue sa cravate (qui ressemble à celle du meurtre) et descend se servir un verre dans le pub où il travaille. Son patron arrive, l’accuse de le voler et le met à la porte. La serveuse Babs, amie de Richard, assiste à la scène. Richard rencontre son ami Robert Rusk. Richard rend visite à son ex-femme, Brenda, directrice d’agence matrimoniale. Celle-ci l’invite à dîner à son club. Richard fait preuve d’une grande agressivité. Sans le sou, il finit la nuit à l’Armée du Salut, avant de découvrir que Brenda lui a glissé de l’argent dans sa poche.

Robert Rusk se rend à l’agence de Brenda, où il est inscrit sous un faux nom. Brenda refuse de le servir à cause de ses goûts anormaux. Rusk lui avoue qu’elle est « son genre de femme ». Il la viole pendant qu’elle récite un psaume et finit par l’étrangler à l’aide de sa cravate. Le départ de Rusk est aussitôt suivi par l’arrivée de Blaney, qui trouve porte close et repart sans voir la secrétaire de Brenda revenant de son déjeuner. Le cri de la secrétaire annonce la découverte du crime. À l’arrivée de la police, la secrétaire charge Blaney. Richard retrouve Babs. Ils vont dans un hôtel. Il demande une chambre à lit double et signe Oscar Wilde sur le registre. La réceptionniste ne s’étonne pas du nom, mais ne croit pas que les deux amoureux sont mariés. La scène d’amour qui suit constitue un moment de répit dans la course de Blaney.

Les journaux annoncent le nouveau meurtre du tueur à la cravate. Le portier croit reconnaître Blaney dans la description qu’en donne un journal. La police est appelée, mais les deux amants se sont déjà enfuis. Babs elle-même doute de Richard, qui doit s’expliquer face à elle. Un vieil ami, Johnny, vient à la rencontre de Richard en fuite. Il propose de l’accueillir chez lui, contre l’avis de sa femme qui croit en la culpabilité de Richard, qu’elle juge violent et cruel. Richard et Babs envisagent de partir le lendemain pour Paris, où Johnny possède un bar. Babs se fâche avec son patron. Rusk lui propose de l’héberger pour la nuit. En pénétrant dans l’appartement, il lui avoue qu’elle est son type de femme…

 De nuit, Rusk transporte le corps de Babs dans un sac de pommes de terre jusqu’au camion de livraison. Puis, il constate qu’il n’a plus son épingle à cravate. Il retourne fouiller le sac. Le camion démarre, et il ne peut le quitter qu’au premier arrêt. La police découvre cadavre. Blaney est réveillé par la femme de Johnny qui l’accuse du nouveau meurtre. Bien que Johnny explique qu’à l’heure du crime, Richard se trouvait avec eux, et donc qu’il a donc un alibi irréfutable, le couple, par peur des conséquences, refuse de témoigner. Blaney doit fuir. Richard se rend à Covent Garden où travaille Rusk, malgré la présence de très nombreux policiers. Rusk propose de l’accueillir et lui donne rendez-vous chez lui. À peine installé, Richard voit la police arriver dans l’appartement. Il est aussitôt arrêté et emmené.

La police retrouve les affaires de Babs dans le sac de Richard, qui comprend que Rusk l’a manipulé. Blaney passe en procès, est reconnu coupable et mis en prison. Il ne cesse de clamer son innocence et accuse Rusk en criant lorsque les policiers l’entraînent vers la sortie du tribunal. Après les dénégations véhémentes de Blaney, l’inspecteur Oxford se met à douter de sa culpabilité. Il commence une enquête sur Rusk et fait part de ses doutes à sa femme devant un plat de pieds de cochons… Pendant ce temps, Blaney simule une chute et se fait hospitaliser. A l’hôpital, Richard, aidé par les autres détenus hospitalisés, parvient à droguer le gardien, qui s’effondre, victime d’un puissant somnifère. Vêtu d’une blouse de médecin, il quitte les lieux et trouve une voiture. L’inspecteur, averti de sa fuite, part à sa recherche. Richard pénètre dans l’appartement de Rusk muni d’un cric de voiture. Il frappe le corps allongé sous les couvertures … et s’aperçoit qu’il s’agit d’une nouvelle victime. Oxford arrive, et c’est aux côtés de Richard qu’il attend l’arrivée de Rusk, muni d’une malle et… sans cravate. Le générique se déroule devant l’image de la malle dans laquelle Rusk s’apprêtait à cacher sa dernière victime. Une moulure en forme de croix lui donne l’aspect d’un tombeau et montre un dernier symbole christique, rappelant le plus visible du film, la croix au cou de Brenda.


Grands thèmes

Les crimes sexuels sont fréquents dans l’œuvre d’Hitchcock centrés sur le lien entre la pulsion sexuelle. Le viol est un thème récurrent. Il apparait notamment dans Les Cheveux d’or (1926), Chantage (1929) , L’Inconnu du Nord-Express (1951), Psychose (1960), Les Oiseaux (1963 ; Mélanie peut être vue en Léda sur le point d’être violée par une volée d’oiseaux), Pas de printemps pour Marnie (1964). Le traitement qu’Hitchcock réserve ces scènes révèle l’évolution cinématographique d’un réalisateur sachant s’adapter à son époque. Auparavant, il ne montrait rien, contentant de suggérer. Avec Frenzy, on en voit en quelque sorte trop, aucune place n’est laissée à l’imagination. La violence n’est plus seulement suggérée, elle est volontairement montrée.



LES FILMS D’HITCHCOCK SUR MON CINÉMA À MOI
THE LODGER (Les Cheveux d’or) 1927
BLACKMAIL (Chantage) 1929
THE 39 STEPS (Les 39 marches) 1935
SABOTAGE (Agent secret) 1936
YOUNG AND INNOCENT (Jeune et innocent) 1937
THE LADY VANISHES (Une femme disparaît) 1938
JAMAICA INN (La Taverne de la Jamaïque) 1939
REBECCA 1940
SUSPICION (Soupçons) 1941
SABOTEUR (Cinquième colonne) 1942
SHADOW OF A DOUBT (L’ombre d’un doute) 1943
LIFEBOAT 1944
SPELLBOUND (La Maison du docteur Edwardes) 1945
NOTORIOUS (Les Enchaînés) 1946
THE PARADINE CASE (Le Procès Paradine) 1947
ROPE (La Corde) 1948
STAGE FRIGHT (Le Grand Alibi) 1950
STRANGERS ON A TRAIN (L’Inconnu du Nord-Express) 1951
I CONFESS (La Loi du silence) 1953
DIAL M FOR MURDER (Le crime était presque parfait) 1954
REAR WINDOW (Fenêtre sur cour) 1954
TO CATCH A THIEF (La Main au collet) 1955
THE TROUBLE WITH HARRY (Mais qui a tué Harry ?) 1955
THE MAN WHO KNEW TOO MUCH (L’Homme qui en savait trop) 1956
VERTIGO (Sueurs froides) 1958
NORTH BY NORTHWEST (La Mort aux trousses) 1959
PSYCHO (Psychose) – Alfred Hitchcock (1960)
TORN CURTAIN (Le Rideau déchiré) 1966
FRENZY (1972)


Un anglais bien tranquille (période 1899-1929)
Alfred Hitchcock est né en Angleterre, le 13 août 1899, au sein d’une famille de catholiques. Son père était un riche marchand de volailles. Il aimait le théâtre, mais se voulait rigoureux en matière de discipline et de religion. L’enfance heureuse d’Alfred fut marquée par un incident qu’il n’oubliera jamais. Lire la suite…

Sur la piste du crime (période 1929-1939)
La première expérience parlante d’Hitchcock, ce sera Blackmail (Chantage, 1929). Aujourd’hui, cette œuvre conserve une authentique modernité. L’auteur y installe des personnages et des situations qui alimenteront ses films postérieurs : la femme coupable, le policier amoureux de la femme qu’il doit arrêter, l’union terrible par un secret encore plus terrible, l’itinéraire vécu par un couple et la traversée des apparences.

Hollywood et la guerre (période 1940 – 1944)
A la veille de la guerre, l’industrie cinématographique américaine domine le marché mondial. De nombreux cinéastes européens ont raillé Hollywood. la domination nazie accélérera cette migration, mais ce cosmopolitisme convient au public national. Ce peuple d’émigrants aime le cinéma. les images satisfont ses fantasmes et bercent ses espoirs. Il se retrouve culturellement devant des produits conçus par des réalisateurs européens.

Expérimentations (période 1945-1954)
Rentré aux U.S.A. après avoir réalisé Bon voyage et Aventure malgache (courts métrages à la gloire de la résistance française réalisés en Angleterre), Hitchcock tourne une production de Selznick : Spellbound (La Maison du docteur Edwards). Cette fois, la chasse à l’homme et la formation d’un couple s’inscrivent dans une structure plus complexe. La psychanalyse règne sur l’œuvre.

Le temps de la perfection (période 1954 -1966)
En 1954, Hitchcock entre à la Paramount. Il y restera de longues années et en deviendra l’une des plus fortes valeurs commerciales. Il commence par l’adaptation d’une nouvelle de Corneil Woolrich (William Irish) : Rear window (Fenêtre sur cour). C’est l’histoire d’un reporter photographe qui a la jambe dans le plâtre. Il passe son temps à observer ses voisins. de l’autre côté de la cour.

Les dernières œuvres (période 1966 – 1976)
Au cours de la période 1966-1976, Alfred Hitchcock ne tournera que quatre films. Deux se rattacheront au cycle des œuvres d’espionnage. Les autres exploiteront la veine du thriller. En 1966, Torn curtain (le Rideau déchiré) devait choquer les critiques de gauche. Ils accusèrent le film d’être une œuvre anticommuniste et suggérèrent que son auteur était en train de devenir gâteux.




En savoir plus sur mon cinéma à moi

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

Catégories :Le Film étranger

Tagué:

2 réponses »

  1. Ce n’est pas le film préféré des fans de Hitchcock, mais un que j’aime particulièrement, votre analyse est très fine, j’aime particulièrement celle qui porte sur la nourriture et que Hitchcock n’aurait pu aborder ailleurs qu’en Angleterre. Ce film est d’une rigueur et d’une précision ultimes .

    J’aime

  2. Bonjour,
    Remarquable article sur un film dont on parle peu… et excellent choix de photos !Je me permets de vous signaler quelques coquilles :

    Toutefois, le roman de La Bern nécessitait un sérieux toilettage. Hitchcock pensait notamment que le procès occupait une trop grande place dans l’histoire. Il voulait également éviter l’atmosphère trop uniquement sordide du roman et introduire une bonne dose d’humour, condition sine qua non pour faire « un bon Hitchcock ».

    elles renforçaient l’aspect fait divers

    pieds de cochons, soupe de poissons où surnage un poulpe entier

    Le camion démarre, et il ne peut le quitter qu’au premier arrêt. La police découvre le cadavre.

    Le traitement qu’Hitchcock réserve à ces scènes révèle l’évolution cinématographique

    J’aime

Répondre à thingreally9b5301e463 Annuler la réponse.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.