Catégorie : Le Film français

LES INCONNUS DANS LA MAISON – Henri Decoin (1942)

Avocat déchu et alcoolique, Hector Loursat vit reclus avec sa fille Nicole et sa servante Fine depuis qu’il a été abandonné par sa femme dix-huit ans plus tôt. Une nuit, une détonation retentit dans la maison et il retrouve un cadavre dans le grenier… Adaptation de Georges Simenon sur un scénario d’Henri-Georges Clouzot, le film fut tourné pendant la guerre pour la Continental, une société de production alors régentée par les Allemands: Henri Decoin batailla sans succès pour que le criminel ne soit pas juif. Raimu y est magistral. «Ce qui est frappant et rare pour l’époque, c’est l’attention constante que le cinéaste porte aux adolescents. Ceux qu’il montre, ici, paraîtront évidemment bien démodés aux jeunes générations. Mais, si le vocabulaire est différent, la solitude est la même» [Pierre Murat, Télérama].

RETOUR A L’AUBE – Henri Decoin (1938)

Un soir de mai 1938, une foule immense accueille à la gare Saint-Lazare Danielle Darrieux (et, accessoirement, son mari) de retour d’Hollywood. Ils commencent rapidement le tournage de ce qui va devenir le plus beau film de cette période, Retour à l’aube. Adapté d’une nouvelle de Vicky Baum, le film est tourné en partie en Hongrie. Le thème évoque les courts romans de Stefan Zweig par sa simplicité : Anita Ammer, femme du chef de gare d’une petite ville de province, doit se rendre à Budapest pour toucher un héritage. Elle y passera une nuit qui changera sa vie pour toujours.

LE CAFÉ DU CADRAN – Henri Decoin (1947)

Nombreux furent les films pour lesquels Decoin fut qualifié de « superviseur », sans qu’il soit possible d’établir son rôle exact de manière plus précise. Ce sera notamment le cas des deux films réalisés par sa fidèle collaboratrice, Andrée Feix, en 1946 et 1947 respectivement, Il suffit d’une fois et Capitaine Blomet, qui mettent tous les deux en vedette Fernand Gravey, de retour d’une assez brillante carrière à Hollywood. Pour Le Café du cadran, le témoignage de son principal interprète, Bernard Blier, semble formel : si Jean Géhret en est crédité comme le réalisateur, Blier assure que celui-ci fut en fait l’œuvre d’Henri Decoin.

TOUS PEUVENT ME TUER – Henri Decoin (1957)

Après le ratage du Feu aux poudres, on pouvait craindre que le film suivant, où l’on retrouve Albert Simonin au scénario et aux dialogues, soit un nouvel échec. Il n’en est rien : Tous peuvent me tuer est un divertissement habile, gouleyant, bien servi par des comédiens auxquels on ne demande pas de prendre au sérieux une histoire pourtant astucieuse ayant commis un mirifique vol de bijoux, un groupe de malfrats se fait enfermer en prison pour un motif bénin qui leur sert d’alibi. En prison, ils sont assassinés les uns après les autres, jusqu’au coup de théâtre final…

NON COUPABLE – Henri Decoin (1947)

Installé dans une petite ville de province française, le Docteur Ancelin est un médecin raté et alcoolique. Pourtant, il sent en lui une certaine supériorité… Un soir, un stupide accident d’automobile la lui révèlera, Il sait maintenant en quoi il est plus fort que tous les autres : il porte en lui le génie de tuer. Il y résistera mais les événements et son orgueil seront plus forts que lui…

PREMIER RENDEZ-VOUS – Henri Decoin (1941)

Micheline (Danielle Darrieux) rencontre l’homme avec lequel elle correspond depuis l’orphelinat, et dont elle est tombée amoureuse. Voyant sa déception, celui-ci, un vieux professeur (Fernand Ledoux) prétend être venu en lieu et place de son neveu (Louis Jourdan). Mis dans la confidence, d’abord réticent, celui-ci finira par épouser Micheline. D’une certaine manière, le scénario résume la forme. Premier Rendez-vous sera un film d’apparences.

LA CHATTE – Henri Decoin (1958)

La Chatte conte l’entrée en résistance de Cora Massimier (Françoise Arnoul), qui multiplie les faits héroïques avant de tomber amoureuse d’un officier allemand avec lequel elle joue un trouble double jeu, et qui, lui aussi, hésite entre sa loyauté pour son pays et son attirance pour elle. Au final, le réseau est effectivement trahi, et Cora « exécutée » (elle ressuscitera pour les besoins de la cause). Si ce n’est pas la vie de Mathilde Carré, cela y ressemble fort…

GUEULE D’AMOUR – Jean Grémillon (1937)

En attendant le feu vert pour L’Etrange Monsieur Victor, Jean Grémillon a eu le temps de réaliser Gueule d’amour, adapté par Charles Spaak d’un roman d’André Beucler. Nous sommes en 1937, et ce film qui devait être une parenthèse, une œuvre de circonstance, marquera au contraire un tournant dans la carrière du réalisateur : grâce au succès commercial qu’il obtient, il permet à Grémillon d’entamer la période la plus féconde de son œuvre et de produire régulièrement jusqu’en 1944, des films qui marquent une synthèse réussie entre ses exigences artistiques et les contraintes d’un cinéma populaire.

CASQUE D’OR – Jacques Becker (1952)

La place particulière qu’occupe Casque d’or dans l’œuvre de Becker tient au fait qu’il synthétise à la fois les acquis de cette période libératoire de sa filmographie, tout en réintroduisant certaines caractéristiques du cinéma classique. Le choix de réaliser un film qui se déroule à la Belle Époque est un des premiers signes de ce rapprochement avec le classicisme cinématographique de l’après-guerre, très friand de ces époques passées, et qui différencie assez nettement Casque d’or des comédies contemporaines que Becker tourne depuis 1946.

LE CORBEAU – Henri Georges Clouzot (1943)

Il pleut des lettres anonymes sur Saint-Robin, « un petit village ici ou ailleurs », et, comme l’annonce le narquois Dr Vorzet : « Quand ces saloperies se déclarent, on ne sait pas où elles s’arrêtent… » Tourné en 1943 à la Continental, dirigée par l’occupant allemand, ce deuxième film de Clouzot fut honni de tous. Cette foire délétère à la délation ne pouvait que déplaire aux résistants et fut condamnée à la Libération. Très loin de célébrer le travail, la famille et la patrie, elle n’était pas non plus du goût de vichy. Clouzot, trop misanthrope pour être propagandiste, ne fait qu’explorer la noirceur de l’âme humaine, noir corbillard, avec quelques zones de lumière. Comme dans la grande scène expressionniste (qu’admirait Hitchcock) où le balancement d’une ampoule illustre la notion relative, alternative, du bien et du mal. Les lettres anonymes lui servent d’alibis pour traiter d’avortement, de drogue, d’adultère… avec une liberté incroyable. Et quels sont les seuls personnages sauvés, dans ce chef-d’œuvre de méchanceté ? Une infirme aux mœurs légères (Ginette Leclerc, vulgaire à cœur) et un type fâché avec la vie (Pierre Fresnay, superbe), qu’elle réussit à ébranler en le traitant de « bourgeois ». Pour Clouzot, la pire insulte qui soit. [Guillemette Odicino (Télérama, août 2016)]

MANON – Henri-Georges Clouzot (1949)

Voilà une modernisation réussie (à l’inverse de celle de Jean Aurel, quelques années plus tard) du roman de l’abbé Prévost. On est en 1944, en plein marché noir. Desgrieux est un jeune FFI et Manon, qui aime le luxe, fréquente les maisons closes. On retrouve la noirceur de Clouzot, sa fascination-répulsion pour Manon, petit animal doué pour le plaisir. Cécile Aubry, qu’il giflera beaucoup sur le tournage, est le double de Bardot dans La Vérité, qu’il giflera aussi, mais qui, elle, lui rendra coup pour coup. La scène dans le désert, où Michel Auclair traîne sur son épaule une Manon agonisante, est caractéristique du cinéma de l’auteur. Et de l’époque.

L’AIR DE PARIS – Marcel Carné (1954)

A l’automne 1953, le nouveau film de Marcel Carné, Thérèse Raquin, reçoit un excellent accueil. C’est donc avec confiance que le réalisateur se lance avec le scénariste Jacques Viot dans un nouveau projet : l’histoire d’un entraîneur de boxe qui jette son dévolu sur un jeune ouvrier pour en faire son poulain. Carné est à l’époque un passionné de boxe et, comme il l’expliquera dans son autobiographie, l’arrière-plan social d’une telle intrigue lui plaît également: « Ce qui m’intéressait – en plus de l’atmosphère particulière du milieu – c’était d’évoquer l’existence courageuse des jeunes amateurs qui, ayant à peine achevé le travail souvent pénible de la journée, se précipitent dans une salle d’entraînement pour « mettre les gants » et combattre de tout leur cœur, dans le seul espoir de monter un jour sur le ring… ». Malheureusement, les producteurs de l’époque voient les choses d’un autre œil, estimant que les films sur la boxe n’intéressent pas le public. Après moult refus, Carné finit tout de même par signer avec Robert Dorfmann, heureux producteur de Jeux interdits et de Touchez pas au grisbi, qui se trouve être lui aussi un grand amateur de boxe..