DRÔLE DE DRAME – Marcel Carné (1937)

Drôle de Drame sort le 20 octobre 1937, au cinéma Le Colisée aux Champs-Élysées, le même jour que Regain de Marcel Pagnol. À l’affiche également quelques mètres plus loin Carnet de de Bal de Julien Duvivier et Gueule d’amour de Jean Grémillon. Avec le recul, l’année 1937 se révèle l’une des plus riches de notre histoire cinématographique. Marquée également par les sorties de Faisons un Rêve de Sacha Guitry, de La Grande Illusion de Jean Renoir et de Pépé le Moko de Julien Duvivier. Drôle de Drame réunit l’une des plus belles distributions du moment, Françoise Rosay, Michel Simon, Louis Jouvet, Jean-Louis Barrault, Jean-Pierre Aumont, sous l’autorité d’un des plus fameux tandems du cinéma français, on le sait, Jacques Prévert écrit, Marcel Carné réalise.  [Jean Ollé-Laprune]

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DRÔLE DE DRAME – Marcel Carné (1937) – Jean-Louis Barrault, Michel Simon

Le premier à 37 ans, il se distingue par la fantaisie, l’humour et une violence dans la satire sociale. Le deuxième se caractérise par la timidité, la rigueur dans le travail et une volonté d’acier, il n’a pas vingt-huit ans et il vouvoie tout le monde. Les deux hommes ont en commun l’amour de la ville, de la rue, le goût du populaire, il partage l’un et l’autre une indépendance d’esprit et un individualisme forcené. Un premier film Jenny les a réunis quelques mois plus tôt et Prévert a été impressionné par le traitement que ce débutant avait réservé à son adaptation et ses dialogues. Drôle de Drame marque leur deuxième collaboration, elle découlé paradoxalement d’un échec : celui de n’avoir pas pu tourner L’île des enfants perdus, l’histoire vraie d’une révolte dans une maison de correction de Belle-Île. Ce projet auquel Prévert tient particulièrement est récusé d’entrée de jeu par la censure. Le tandem se tourne alors vers une autre proposition du même producteur Édouard Corniglion-Molinier, un sujet aussi loufoque que le précèdent était tragique. Il s’agit de l’adaptation d’un roman assez obscur His First Offence (La mémorable aventure et tragique de monsieur Molyneux). Un roman écrit par un Écossais peu connu en France : Joseph Storer Clouston. De son intrigue Prévert n’en conserve que les trois figures principales et l’esprit délirant, il en complexifie les rebondissements, invente des répliques, rajoute des personnages comme celui de Jean-Louis Barrault ou en modifie d’autres comme celui de Jean-Pierre Aumont.  [Jean Ollé-Laprune]

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DRÔLE DE DRAME – Marcel Carné (1937) – Jean-Louis Barrault, Françoise Rosay, Michel Simon

Film inclassable, Drôle de Drame, a néanmoins des origines, comme L’Opéra de Quat’sous de Georg Wilhelm Pabst, pour l’ambiance londonienne et des passages sans transition des bas-fonds aux beaux quartiers, mais aussi et surtout de L’Affaire est dans le sac, film conçu par le groupe Octobre, une troupe de théâtre qui avait représenté la France aux olympiades du théâtre ouvrier de Moscou. Écrit par Jacques et réalisé par Pierre Prévert, son humour mi-poétique, mi-grinçant, n’avait pas conquis le grand public, mais était resté dans les esprits.  [Jean Ollé-Laprune]

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DRÔLE DE DRAME – Marcel Carné (1937) – Louis Jouvet

Marcel Carné met en scène Drôle de Drame en 23 jours à peine dans les studios de Joinville. Bien sûr, les tensions existent sur le plateau entre Louis Jouvet et Michel Simon, qui se détestent, entre Carné et son producteur délégué qui s’affrontent, entre Françoise Rosay et les autres qui se regardent en chiens de faïence, mais la règle est plutôt le rire, « 23 jours d’amusement intenses » dira plus tard Marcel Carné. Par ailleurs les anciens du groupe Octobre, désormais dissout, sont ravis de pouvoir pour une nouvelle fois, ridiculiser les notables, les curés, les flics et les journalistes. On rit beaucoup. Les participants n’en seront que plus surprit de la volée de bois vert que le film essuie au moment de sa sortie. Stupeur, la plupart des critiques tordent un peu le nez, « une accumulation du pire bric-à-brac poétique » écrit Georges Sadoul. Stupeur plus grande encore, les spectateurs boudent le film, dans cette même salle où échouera L’Atalante de Jean Vigo et échouera également La règle du Jeu de Jean Renoir .  [Jean Ollé-Laprune]

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DRÔLE DE DRAME – Marcel Carné (1937) – Jean-Louis Barrault, Françoise Rosay

L’échec n’empêchera pas l’association Carné-Prévert de se reformer sur des films comme Le Quai des Brumes, Le Jour se Lève, Les Visiteurs du Soir ou Les Enfants du Paradis qui connaîtront cette fois le succès. Quant à Drôle de Drame, il finira son procès en appel au fur et à mesure de ses reprises d’après-guerre dès 1951. Il est vrai qu’entre-temps, les Américains d’Hellzapoppin et les Britanniques de Kind Hearts and Coronets (Noblesse Oblige) ont familiarisé le public français avec une forme d’humour que Drôle de Drame avait initié. Bref, Drôle de Drame, un rendez-vous manqué mais comme le résumera Jean-Louis Barrault, tel pourrait être la définition de l’avant-garde.  [Jean Ollé-Laprune]

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DRÔLE DE DRAME – Marcel Carné (1937) – Jean-Louis Barrault, Françoise Rosay

L’histoire : Irwin Molyneux (Michel Simon) écrit sous le pseudonyme de Félix Chapel des romans policiers fortement critiqués par Archibald Soper(Louis jouvet), évêque de Bedford, son cousin. Invité à dîner par le couple Molyneux, Archibald trouve très étrange que la femme de son cousin soit absente. Irwin invente toutes sortes de mensonges maladroits pour justifier l’absence de sa femme, qui est en fait aux cuisines à s’occuper du dîner, en raison de la démission de sa cuisinière. Mais Archibald se met à soupçonner son cousin… Le lendemain, après une nuit passée au domicile d’Irwin Molyneux, il appelle Scotland Yard…

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DRÔLE DE DRAME – Marcel Carné (1937) – Jean-Louis Barrault, Michel Simon
Bizarre bizarre

La fameuse scène de l’affrontement entre Louis Jouvet et Michel Simon, où la scène dite des « bizarre bizarre ». Précisons que le film, lorsqu’il est sorti en Angleterre et aux Etats-Unis, ce qui était relativement peu au courant à l’époque, s’appelait « Bizarre Bizarre ». L’origine de la réplique qui ne figure pas à l’origine dans le roman de Joseph Storer Clouston est selon certaines sources, provient de Toulouse Lautrec, plus précisément de « La Goulue » que Pierre Lazareff avait interviewé. Il avait raconté ça à Jacques Prévert. Le majordome du Moulin de la Galette s’appelait Bizarre, et Toulouse Lautrec en le voyant lui dit « vous avez dit bizarre ? Comme c’est bizarre ». La réplique avait tellement plus à Jacques Prévert qu’il a décidé de l’intégrer dans cette scène.

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DRÔLE DE DRAME – Marcel Carné (1937) – Michel Simon, Louis Jouvet

La répétition avait commencé avant le tournage de la scène, les deux comédiens étaient l’un en face de l’autre, chacun avait décidé d’avoir « la peau de l’autre » dixit Marcel Carné. Les répétitions avaient démarré avec du vrai champagne, les bouteilles se sont succédé. Les deux canards à l’orange ont été rapidement engloutis par les deux comédiens, ce qui fait que Pierre Prévert aura eu beaucoup de difficultés à essayer d’arranger les restes pour le tournage de la scène. On le voit au détour de la scène, le canard n’a pas fière allure et les deux ont continué à le déguster, et continuent aussi à boire. Marcel Carné s’est rendu compte de l’ivresse de ces deux comédiens au moment où le tournage s’est interrompu. Les deux se sont levés en titubant légèrement. Michel Simon est parti derrière les décors pour se soulager tandis que Louis Jouvet, lui très dignement, est parti au théâtre de l’Athénée, dans un état un peu difficile, interpréter La Guerre de Troie n’aura pas lieu…

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DRÔLE DE DRAME – Marcel Carné (1937) – Louis Jouvet, Nadine Vogel, Pierre Alcover
Drôle de Drame n’a-t’-il été qu’un accident ?

On a souvent prétendu que Drôle de Drame a été un « accident » dans la carrière de Marcel Carné. Si l’on s’en tenait exclusivement aux apparences, on pourrait, en effet, être tenté de le croire. Pour cela, il suffirait de constater que le maître du « réalisme poétique » s’est penché, tout au long de son activité dans les studios, sur des problèmes sérieux ou même sévères, sur des sujets poétiques aussi et qu’il faudra attendre 1962 pour le voir retourner vers la bouffonnerie avec Du Mouron pour les petits oiseaux.  [Charles Ford – L’Avant-scène – n°90 (1969)]

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DRÔLE DE DRAME – Marcel Carné (1937) – Françoise Rosay, Michel Simon

Toutefois, à y regarder de plus près, et sans pour autant contester le caractère délibérément burlesque de Drôle de Drame, il est facile de discerner dans ce film le regard narquois et ironique que Marcel Carné fera peser sur toute sa création et qui se manifestera par petites touches jusque dans ses drames les plus sombres ou ses reconstitutions les plus poétiques. En fait, c’est Drôle de Drame, son deuxième film de long métrage, qui a révélé Marcel Carné, le premier, Jenny, appartenant encore à « l’atelier de Feyder ». Il ne peut être question d’accident, tout au plus d’incident, d’incident de parcours, dont la responsabilité n’incombe nullement au réalisateur mais au public.  [Charles Ford – L’Avant-scène – n°90 (1969)]

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DRÔLE DE DRAME – Marcel Carné (1937) – Louis Jouvet

Drôle de Drame était arrivé trop tôt sur les écrans, à une époque où les spectateurs des Champs-Elysées n’étaient pas encore capables d’assimiler, d’apprécier cet humour jugé paradoxalement « grinçant » ou « glacial » alors qu’il n’était, en réalité, que parodique et burlesque. Les qualités d’humour « anglais », la cocasserie des situations, le caractère savoureux du dialogue, la stylisation divertissante des décors, tout ce que la critique, à de rares exceptions près, avait découvert lors de la première projection en 1937, le public ne le comprendra que bien plus tard, lorsque Drôle de Drame connaîtra une seconde carrière après être resté pendant plus de douze ans enfermé dans les boites. En appel, le film a gagné sur toute la ligne, charmant ceux-là mêmes qui rayaient boudé naguère et conquérant de fervents adeptes parmi les spectateurs des générations nouvelles. Et pourtant, comme l’a justement remarqué Jean Quéval, Drôle de Drame est un « burlesque anarchiste dont la philosophie d’époque dépassée et Marcel Carné et le cinéma même, tout comme elle est elle-même dépassée par l’époque suivante, la nôtre ». (…)  [Charles Ford – L’Avant-scène – n°90 (1969)]

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DRÔLE DE DRAME – Marcel Carné (1937) – Françoise Rosay, Michel Simon, Marcel Duhamel (au centre)

En réalisant un film burlesque français, Marcel Carné faisait œuvre de pionnier, de novateur. Sans Drôle de Drame, nous n’aurions pas eu La Règle du jeu de Renoir, ce dernier ne s’en est pas caché.  Ce qui est surprenant dans le cas de Drôle de Drame, c’est que, inversement à ce qui arrive à tant de « films-pilotes », sa vitalité s’affirme de plus en plus forte au fil des années. Non seulement, Drôle de drame se laisse voir aujourd’hui sans accuser de rides, mais encore sa compréhension a singulièrement augmenté de volume, ses qualités d’humour se sont multipliées, ses valeurs artistiques sont imposées. Il n’y a pas d’œuvre « classique » sans morceaux de bravoure et Drôle de Drame en contient plusieurs, dont le plus attractif  est sans doute la séquence du déjeuner : Michel Simon et Louis Jouvet y sont admirables.  [Charles Ford – L’Avant-scène – n°90 (1969)]

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DRÔLE DE DRAME – Marcel Carné (1937) – Jean-Louis Barrault, Michel Simon

Œuvre de pionnier, œuvre durable, Drôle de Drame marque une étape glorieuse dans la carrière de Marcel Carné, Si d’aucuns s entêtaient à vouloir considérer ce film comme un « accident », nous ne pourrions, pour notre part, souscrire à cette opinion qu’en ajoutant qu’il s’agit d’un accident heureux…  [Charles Ford – L’Avant-scène – n°90 (1969)]

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DRÔLE DE DRAME – Marcel Carné (1937) – Michel Simon
Les extraits

Sur l’image en bas en droite, déguisé en femme, c’est Pierre Alcover (l’inspecteur Bray) et à gauche, Jean-Louis Barrault qui est tout jeune, il a 27 ans, c’est son neuvième film puisqu’il a débuté en 1935 dans Les Beaux jours de Marc Allegret et six ans plus tôt il travaillait chez Charles Dullin, il appris le mime chez Etienne Decroux. Dans Drôle de drame, il joue le personnage de William Kramps qui a été inventé de toute pièce par Jacques Prévert, Barrault jouait déjà dans Jenny de Carné et sera le Baptiste dans Les Enfants du paradis.

Cette jeune comédienne est Nadine Vogel. Elle n’est pas très connue, elle n’a pas fait une très grande carrière à cause de ses problèmes de santé. Elle a joué dans sept films seulement dont Drôle de drame et Alerte en Méditerranée de Léo Joannon et elle a fait une très courte apparition dans Les Liaisons dangereuses, version Roger Vadim. C’était la belle-sœur du leader communiste Paul Vaillant Couturier. Elle a été mariée jusqu’en 1950 avec le réalisateur Marc Allegret.

Les rapports entre Louis Jouvet et Michel Simon étaient exécrables, cette inimitié remontait déjà à quelques années, en 1926 plus précisément. Michel Simon avait rejoint la troupe de Louis Jouvet à la Comédie des Champs Elysées, après avoir quitté Georges Pitoëff et cette animosité avait atteint un sommet lors de la «  général » » de Jean de la Lune pour lequel Michel Simon avait été imposé par l’auteur, Marcel Achard, contre l’avis de Louis Jouvet. Les répétitions s’étaient très mal passées, Michel Simon (dans le rôle de Clotaire) vola littéralement la vedette à Louis Jouvet (dans le rôle de Jef). Les représentations fut jouées à guichet fermé pendant plusieurs mois, tout le monde venait voir la prestation de Michel Simon pendant que Louis Jouvet pestait en disant « mais ce con est en train de transformer cette pièce en vaudeville ». Les deux hommes ne se parlaient plus dans les coulisses. Alors ils se retrouvèrent quelques années plus tard sur le plateau de Drôle de drame, la tension est toujours là. Le premier jour du tournage Michel Simon dit à Louis Jouvet « Votre rôle est admirable » Louis Jouvet lui répond « Je sais, j’ai refusé le vôtre » ce qui était complètement faux.

Le comédien qui joue le rôle de l’inspecteur s’appelle Pierre Alcover, C’est un acteur d’origine espagnole, il a fait le conservatoire puis sociétaire à la Comédie Française. Sa carrière cinématographique, notamment la période parlante que nous connaissons le mieux, n’est pas extrêmement brillante, néanmoins c’est lui qui joue le rôle du forçat dans La Petite Lise de Jean Grémillon et aussi l’un des truands dans L’Affaire du courrier de Lyon de Claude Autant-Lara. Sa carrière va aller decrescendo à cause d’une maladie, il a des pertes de mémoire terribles. Lorsqu’il tournera quelques années plus tard avec Marcel dans Les Enfants du paradis pour remplacer Robert Le Vigan, Pierre Alcover n’arrivera pas à prononcer plus de trois mots, dixit Marcel Carné.

La photo de Drôle de drame est signée Eugen Schüfftan, un grand chef opérateur allemand qui a été littéralement imposé par Marcel Carné. A l’époque  toute la photo des chefs opérateurs allemands était généralement assimilée au clair-obscur, aux décors sombres. Et dans ce film Marcel Carné l’emploie dans un film qui se manifeste par sa très grande clarté. Eugen Schüfftan avait débuté en Allemagne, il avait travaillé avec Fritz Lang, il était au générique de Les hommes le dimanche, le film de Robert Siodmak. Il est venu en France où il travailla avec Marcel L’Herbier, Max Ophuls, il partira au moment de l’invasion allemande puis ira aux Etats Unis ou il travaillera beaucoup avec des metteurs en scène exilés européens comme Douglas Sirk ou Robert Siodmak. Il recevra en 1962 l’Oscar de la meilleure photographie pour The Hustler (L’Arnaqueur) de Robert Rossen.

Henri Guisol tient le rôle du journaliste poivrot (Buffington), un comédien niçois qui malheureusement au cinéma n’a pas fait la carrière qu’il aurait pu faire. Il n’a pas eu la même notoriété sur le grand écran que sur la scène des théâtres où il eut beaucoup de succès. Il a été souvent remarquable dans des seconds rôles notamment dans Trois valses de Ludwig Berger ainsi que dans Le Crime de M. Lange de Renoir.

A cet endroit, intervenait encore une scène qui a été tournée et montée à un moment mais qui ne figure plus dans les coupures actuelles ou plutôt c’est une double-scène. On voyait dans un premier temps Chapel/Molyneux essayait de monter dans le grenier pour voir Eva en essayant de la draguer sans succès avec une réplique qui disait « Faut pas m’en vouloir, je suis déprimé…On commence par tuer sa femme et puis après on fait de bêtises ». Eva l’éconduisait gentiment vers la sortie, ensuite Molyneux repartait voir le journaliste alcoolique qui lui dit «  ça y est  ! Ça y est  ! je sais où est le corps » , il se levait puis ouvrait le placard qui bien évidemment était vide et il se remettait à boire en s’endormant et en chantant la chanson d’Agnès Capri qui était interprétait dans une scène précédente. Cette scène a donc été tournée mais manifestement a disparu.

Jean-Pierre Aumont est la véritable vedette du film, il était sous contrat avec le producteur Édouard Corniglion-Molinier, c’était une grande vedette à l’époque grâce au succès du Lac aux Dames, L’Equipage, Les Beaux jours…  Il avait travaillé jadis avec Louis Jouvet au théâtre de l’Athénée. Il retrouve son maître sur le plateau de Drôle de drame.

Du témoignage même d’Alexandre Trauner, Prévert s’est beaucoup amusé en écrivant les dialogues de Drôle de drame, notamment tous ces aphorismes, ces proverbes, légèrement appuyés qui font qui produisent des effets délirants tout au long du récit. Comme par exemple, tout au début du film, dans la première scène où l’évêque de Bedfort (interprété par Louis Jouvet) en train d’haranguer la foule sur le mauvais esprit… « Vous lisez les mauvais livres, écrits avec la mauvaise encre du mauvais esprit ! Vous misez des romans légers…, des romans licencieux…, des romans polissons comme disent les français…, ou bien alors des romans policiers, crapuleux et sordides. Mais vous n’êtes pas les plus coupables, pauvres misérables pêcheurs. Ce sont ceux qui écrivent ces livres qui sont les véritables malfaiteurs  ».

Dans Drôle de drame le groupe Octobre n’est jamais loin puisqu’apparaît très fugitivement en l’espace de quelques plans Guy Decomble qui avec Lou Bonin, celui qui fit les costumes de Drôle de drame, et Jacques Prévert étaient les fondateurs du groupe Octobre en 1932. Guy Decomble aura une carrière assez riche par la suite, c’est lui qui fera le forain dans Jour de fête et celui qui interprète l’instituteur dans Les 400 coups de François Truffaut. Le monsieur très digne avec le chapeau de forme, c’est Marcel Duhamel, c’est l’ami de Jacques Prévert, puisqu’ils ont fait leur service militaire ensemble. A l’époque, il touche un peu à tout, un peu comédien, un peu réalisateur, un peu doubleur, mais son titre de gloire se réalisera après la guerre en fondant la fameuse «  Série Noire » et qui rendra célèbre James Cain, James Hadley Chase ou Peter Cheyney.

Drôle de drame n’est pas le meilleur film pour évoquer Maurice Jaubert, le musicien du film, puisque la musique est extrêmement discrète. Elle est toujours en situation, à quelques exceptions prêtes pendant les scènes muettes. Par exemple, lorsque Louis Jouvet est habillé en écossais et qui va téléphoner à Scotland Yard. Maurice Jaubert va accompagner une grande partie de la carrière de Marcel Carné avant la guerre. Il a connu un «  drôle » de parcours, il était à la fois juriste et musicien, il a été le premier avocat de France jusqu’à ce qu’il décide définitivement de faire de la musique pour le cinéma. Il a composé pas loin de 90 partitions entre 1930 et 1939, notamment celle de Jean Vigo pour Zéro de conduite et L’Atalante, il composa également la musique de L’Affaire est dans le sac, d’Un Carnet de bal de Duvivier, de 14 juillet de René Clair. Il était un peu à part dans la bande de Carné-Prévert. Alexandre Trauner (le chef décorateur) disait « qu’il était grand bourgeois, catholique militant. Il différait de nous en tout mais nous avions des relations très amicales et en plus le sentiment qu’il aimait beaucoup ce que nous faisions, il avait beaucoup de respect de notre travail, Prévert l’aimait énormément. »

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Fiche technique du film

 

 

 

 

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Emilie Fournier dit :

    Bonjour,

    Drôle de dame est le deuxième long-métrage de Marcel Carné. Je trouve que le scénariste du film, Jacques Prévert, en a fait un chef-d’œuvre. De plus, Françoise Rosay, l’actrice qui y joue, a interprété son rôle à merveille.

    Aimé par 1 personne

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