Les Actrices et Acteurs

HOMMAGE À MARILYN MONROE

Le 06 août 1962, Marilyn Monroe disparaissait à l’âge de 36 ans. 60 ans après, la star fascine toujours et reste toujours une figure emblématique. Certains aspects indûment médiatisés de la vie Marilyn, tels que l’image de « blonde stupide » et le mystère entourant sa mort, ont souvent éclipsé d’autres aspects de l’héritage laissé. Elle est plus que jamais restée une icône. Durant tout le mois d’août, Mon cinéma à moi lui a rendu hommage à travers de nouvelles publications dont une sur son dernier long-métrage de John Huston sorti en 1961, The Misfits, que certains qualifient de film maudit, et une sur un film noir réalisé par Fritz Lang en 1952, Clash by night. Séance de rattrapage…

L’Abécédaire de Marilyn

La formule est empruntée à Marlene Dietrich, ainsi que son titre, qui remonte d’ailleurs plus loin, à l’abécédaire de notre enfance. Outre les classiques « monroeismes », on trouvera ici des anecdotes, recettes, palmarès, réflexions, souvenirs, aphorismes, jeux de mots et autres goûts et couleurs aussi peu discutables que possible. L’authenticité de ces déclarations a été très souvent établie par Pete Marti qui y consacra une bonne part de son Will acting spoil Marilyn Monroe ? (1956). Outre, cet ouvrage, signalons parmi les sources principales, Life du 03 août 1962, Time du 14 mai 1956, Pageant d’avril 1954, Cosmopolitan de décembre 1960, Redbook d’août 1962, Sunday Times de mars 1960, une interview de Georges Belmont dans Marie-Claire en 1960, et le Marilyn Monroe de Maurice Zolotow (1960). Il va de soi qu’un tel recueil est loin d’être exhaustif. I aurait fallu pour cela le recours suivi à un « argus » de presse américaine des douze ou treize dernières années, et plusieurs numéros de Positif pour le publier. [ Positif] – n°48 (octobre 1962)] 

A – ALBUM : Au début de 1954, la revue américaine Pageant avait demandé à Marilyn, alors Mrs Di Maggio, quels étaient les dix hommes qu’elle trouvait les plus intéressants. On trouvera à chaque nom les commentaires « monroesques ». Les voici ici dans l’ordre du choix : 1. Michael Tchekov, 2. Arthur Miller, 3. John Huston, 4. Sidney Skolsky, 5. Milton Greene, 6. Marlon Brandon, 7. Jawaharlal Nehru, 8. Jerry Lewis, 9. Robert Mitchum, 10. Joe di Maggio.

B – BLONDE : Quand je tournais Gentlemen prefer bondes, je ne pus obtenir de loge personnelle. Je disais : « Ecoutez ! Enfin ! Je suis la blonde et le film s’appelle Les hommes préfèrent les blondes. » Mais ils se contentaient de répéter : « Rappelle-toi que tu n’es pas une star. » Et moi, je disais : « Bon. Je ne sais pas ce que je suis mais en tout cas je suis une blonde. »

B – CÉLÉBRITÉ : La célébrité ne me procure qu’un bonheur partiel et temporaire… Elle ne constituerait vraiment pas un menu quotidien idéal. Ce n’est pas ça qui rassasie, ça réchauffe un moment, mais les calories ne durent guère. C’est comme le caviar : c’est bon, le caviar, mais tous les jours à chaque repas… La célébrité passera, je dirai alors : « Adieu, célébrité, je t’ai eue, et j’ai toujours su que tu étais inconstante. Au moins auras-tu été pour moi une expérience, mais tu n’es pas ma vie. »

C – CROIX : Alors que j’étais en cinquième, l’école me désigna pour figurer dans le service de l’aube de Pâques au Hollywood Bowl. On nous donna à toutes un domino noir. Sous celui-ci nous portions des tuniques blanches. Le service, qui est une cérémonie impressionnante, commence avant le lever du soleil. On nous disposa, nous autres enfants, en forme de croix. Juste au moment où le soleil se levait, on nous donna le signal de rejeter les dominos noirs, ce qui changeait la croix noire en croix blanche. Mais j’étais tellement intéressée par la contemplation du ciel que je ne fis pas attention et ne vis pas le signal. Je fus la seule enfant qui oublia de rejeter sa robe noire. Je fus la seule tache noire sur une croix blanche.

D – DI MAGGIO (Joe) : J’ai mis les autres en ordre, mais j’ai mis Joe en dernier seulement parce qu’il est tellement modeste. J’aurais eu des histoires avec lui si je l’avais mis en tête. On garde toujours le meilleur pour la fin, n’est-ce pas ? Comme le dessert. Tout en premier, une chose à propos de Joe… il a, je trouve, la grâce et la beauté d’un Michel-Ange. Il bouge comme une statue vivante. Je trouve qu’il est très attirant. Ensuite… il est honnête, à un point presque enfantin. Il peut évaluer les gens si vite… sur le champ. Mais sans jamais rien dire. Il est très observateur… emmagasinant tout, comme ferait un écrivain. Il le fait très naturellement. Il a une réserve silencieuse devant laquelle on ne peut rien mais qu’on voudrait percer. Je ne sais comment l’expliquer. Cela lui donne du magnétisme. Je vous dirai aussi… il a un grand cœur. Je pense que c’est merveilleux qu’il représente tant pour la jeunesse américaine. Il a une chaleur humaine qui vous donne la sensation d’être protégée. On dit qu’il est timide, mais il ne fait que fuir la prétention. Je parle et parle de lui au point de ne pouvoir m’en détacher. Et je ne puis imaginer de meilleur type à qui s’attacher.

E – ÉROTISME : L’érotisme d’une nation diffère toujours de l’image que s’en font les autres. Chaque nation s’imagine qu’il y a plus d’érotisme dans les autres pays.

E – EXCLUSIF : Je pratique un genre de stupide sincérité. J’entends par là que je ne veux pas dire les même choses à tous ceux qui m’interviewent. Je veux que chacun ait quelque chose de nouveau, de différent, d’exclusif. Quand je me mets à m’inquiéter pour cela, je commence à avoir des maux d’estomac.

F – FÉMINITÉ : Je pense que féminité et beauté sont sans âge et ne peuvent se fabriquer, et que le vrai glamour – je sais que les fabricants ne vont pas aimer ce que je dis – n’est pas un produit d’usine. Pas le vrai glamour en tout cas, qui est basé sur la féminité, la sexualité n’est attirante que naturelle et spontanée.

G – GREENE (Milton) : J’ai été beaucoup photographiée, mais avec Milton Greene je découvre un nouvel aspect, un nouvel espoir. Je n’ai jamais vraiment aimé la manière dont j’étais photographiée jusqu’à ce que je voie les photos de Milton. Milton a un don… ce n’est pas seulement un photographe, c’est vraiment un artiste. Même quand il « fait » de la mode, ce qui est habituellement ennuyeux, il peut faire quelque chose de si beau ! Je travaille avec d’autres bons photographes mais lui est un grand artiste. Il est très original… on entendra beaucoup parler de lui. C’est un très… l’une des choses qui en fait un tel artiste est sa sensibilité, son sens de l’introspection. C’est la première fois que je n’avais pas à poser. Il me laissait réfléchir mais son appareil était sans cesse en action. Je ne m’en rendais pas compte.

H – HUSTON (John) : N’importe quelle femme auprès de lui ne peut faire autrement que tomber amoureuse de lui, au moins la première fois qu’elle est avec lui. Je me rappelle ma première audition pour lui. On peut se mettre tout à fait à l’aise avec lui. C’était mon premier grand rôle. J’étais terriblement nerveuse. Je sentais que si je pouvais enlever mes chaussures je me sentirais mieux. Il me dit : « Je vous en prie, faites. » Dans cette scène, j’étais censée être étendue sur un canapé. II n’y avait pas de canapé, aussi je demandais si je pouvais m’étendre par terre. II dit : « Oui » Je le fis donc. Puis je voulus jouer la scène une fois encore… Je sentais que je pouvais faire beaucoup mieux. Il dit : « Ce n’est pas nécessaire. » Je dis : « S’il vous plaît. » Il s’assit très patiemment et je rejouai la scène de bout en bout. Il me dit alors qu’il m’avait donné le rôle dès la première fois. C’était Asphalt Jungle. Je crois que la scène la plus intéressante du film a été coupée à cause du Breen Office. C’était à cause de l’angle qu’il avait choisi… Non, je n’en dirai pas plus… c’était simplement l’angle.

I – INSIGNE : Je n’avais pas conscience d’avoir un décolleté exagéré. J’avais remarqué que les gens m’avaient regardée toute la journée, mais je croyais qu’ils regardaient mon insigne de Grand Maréchal (Marilyn avait reçu ce titre honorifique en 1952 à r occasion d’un concours de beauté qu’elle présidait).

L – LEWIS (Jerry) : Je trouve tout simplement qu’il est sexy. Vous savez, je ne puis tout à fait l’analyser mais c’est bien ça. Je ne suis pas sûre que cela ait quelque chose à voir avec sa vitalité. Je trouve qu’il a un visage très sympathique. Je crois qu’il ne fait des grimaces que parce que les gens le veulent. Lui et Dean Martin, chaque fois qu’ils me voient, se mettent à hurler et à se laisser tomber dans tous les coins, et je les adore pour cela. J’ai rencontré Jerry une lois à une émission radiophonique. C’était une répétition. Il m’a offert ses vœux et m’a dit que le plus important pour moi était de ne pas être trop nerveuse. Je pense qu’il l’a senti. Ce qui compte ce n’est pas ce qu’il m’a dit, mais combien il était sincère.

L – LOS ANGELES : Los Angeles est ma ville natale ; alors, quand on me disait : « Retourne chez toi », je répondais : « Je suis chez moi ».

M – MILLER (Arthur) : Il est un des rares dramaturges contemporains qui aient réussi à exprimer notre époque. Ainsi dans Mort d’un commis-voyageur. Ainsi dans sa nouvelle pièce sur la chasse aux sorcières. Il a aussi adapté Ibsen. Il a le don, dans ses pièces, de réveiller les gens avec ce qu’il leur dit. Je sais qu’on peut attendre encore de lui des choses formidables. Oui, je l’ai rencontré. II est personnellement très attirant. Je crois que sa pièce qui m’a le plus apporté est Mort d’un commis-voyageur, mais la chose que j’ai le plus aimée est un livre qu’il a écrit, Focus, sur l’antisémitisme. Je souhaite qu’il écrive d’autres livres. C’était un livre très sérieux, merveilleux.

M – MUET : Au temps du cinéma muet, nous aurions fait un excellent couple (parlant de l’échec de son mariage avec Joe di Maggio).

N – NEHRU (Jawaharlal) : Je trouve qu’il est très attirant. Je ne l’ai vu qu’en images. Il retient toujours votre œil. Les mots, pour moi, sont incapables de le décrire. On doit l’admirer pour ce qu’il représente, pour ce qu’il est. On sent que c’est un homme d’une telle envergure… il est sans limites. C’est un homme qui pense. Ce qu’il essaie de faire, je l’admire beaucoup pour cela. J’aimerais le rencontrer.

P – PÉCHÉ :

Dans la première famille où j’ai vécu, on me disait que je ne devais pas aller au cinéma parce que c’était commettre un péché. On me disait que le monde approchait de sa fin, et que si la fin du monde me surprenait en état de péché je dégringolerais dessous, dessous, dessous. Aussi les premières fois où je pus me glisser dans un cinéma, je passais presque tout mon temps à prier pour que la fin du monde n’arrive pas tant que je me trouvais là.

P – PÈRE : Clark Gable, j’espère qu’il ne m’en voudra pu si je dis que je voyais en lui mon père. Je n’étais qu’une gamine, et d’après Freud il n’y a pas de mal à cela, au contraire. Je rêvais que mon père lui ressemblait, ou même qu’il était mon père… Ce qui me rappelle que, c’est curieux, mais je n’ai jamais rêvé que personne fut ma mère.

P – POITRINE : L’Office Johnston passe beaucoup de temps à se faire du mauvais sang sur la question de savoir si une fille a de la poitrine ou non. Il me semble qu’Il devrait s’inquiéter quand elle n’en a pas du tout. C’est ça qui alarmerait le public. Je ne comprends pas ce raisonnement. Peut-être espéraient-Ils que les filles ressembleraient aux garçons ?

R – RETAKES : Pendant le tournage de Certains l’aiment chaud, Billy Wilder disait parfois après la mise en boite d’un plan : « Certains acteurs font et refont la même scène, mais ne réussissent qu’à perdre leur spontanéité. » Mais moi, quand je recommence, je sens que je me détends un peu plus, et que peut-être j’oserai aller un peu plus loin au prochain essai. Je suis timide et quand on est timide, il n’y a rien à faire. Je n’aurai sans doute jamais d’audace et je ne sais même pas si j’acquerrai un jour de l’autorité. Mais ni l’audace ni l’autorité ne m’intéressent particulièrement. Il me faut trouver ma méthode de travail, la manière d’utiliser à plein mon jeu, qu’il soit bon, mauvais ou indifférent. Photo : On set – Billy Wilder, Marilyn Monroe, « The Seven Year Itch » (1955)

S – SOINS DE BEAUTÉ : Au petit déjeuner, je prends deux œufs crus battus dans un verre de lait chaud. Je ne mange jamais de desserts. Mon vernis à ongles est transparent. Je ne porte jamais de bas ni de sous-vêtements, car j’estime qu’il faut laisser toute leur liberté aux centres respiratoires. Je me lave les cheveux tous les jours et les brosse sans cesse. Tous les matins je traverse mon appartement en roulant une bouteille de soda vide entre mes deux chevilles, afin de préserver l’équilibre de ma démarche.

S – SPECTATEUR (Manuel du parfait petit) : Quand j’étais petite, certaines de mes familles adoptives m’envoyaient au cinéma pour que je ne reste pas dans leurs jambes, et j’y restais toute la journée, et une partie de la soirée, au premier rang, petite fille toute seule devant l’écran immense, et j’adorais ça. J’aimais tout, tout ce qui bougeait, là-devant, rien ne m’échappait – et je n’avais pas besoin de pop-corn.

T – TCHEKOV (Michael) : Tout d’abord, c’est un être humain rare. Et un grand artiste… Je ne sais quel terme mettre en tête. C’est le neveu d’Anton Tchekov, mais il est lui-même l’un des plus grands artistes de notre temps. C’est un acteur magnifique. II y a des années il était avec le Théâtre d’Art de Moscou. Il y a une chose très noble à son sujet… récemment il a écrit un livre, et mis dedans tout ce qu’il a appris sur lui-même en tant qu’artiste, écrivain et metteur en scène. Il a transcrit pour les jeunes acteurs le résultat de son expérience dans un livre intitulé To the Actor. Ce qu’il a appris il veut le dédier aux jeunes… J’ai étudié avec lui, dans sa classe, et j’espère continuer à le faire. Pour une personne sérieuse il a un sens de l’humour extraordinaire.

T – TRAC : Comment le combattre ? Tout d’abord déplacer l’objet de votre concentration. On appelle cela, à la Méthode, une « remise en ordre »… Au lieu de penser à ce que vous ressentez quand vous rencontrez quelqu’un, observez simplement ce qu’il peut avoir d’étrange ou d’intéressant. Il suffit de modifier un peu votre intérêt, de le diriger sur quelque chose d’autre. On dit que la nervosité dénote la sensibilité. Moi-même n’arrive pas à un grand résultat, mais suffisant tout de même, je crois, pour modifier la nature de mes rapports avec autrui. Pour le jeu c’est la même chose. Au lieu de penser « Je suis une vieille cabotine », je me mets à me demander : « Pourquoi Gable me regarde-t-il de cette façon ? Il doit avoir ses raisons. » Etc.

W – WHISKY : J’ai eu des parents adoptifs, vers l’âge de dix ans, qui me faisaient promettre de ne jamais boire quand je serai grande, et signer l’engagement de ne jamais fumer ni jurer. La famille adoptive suivante me donna des bouteilles de whisky vides pour jouer. Avec ces bouteilles et des paquets de cigarettes vides je jouais au magasin. Je pense que j’ai dû avoir la plus belle collection de bouteilles de whisky et de paquets de cigarettes que petite fille ait jamais eue. Je les alignais sur une planche au bord de la route et je disais aux automobilistes qui passaient : « Vous voulez du whisky ? » Je me rappelle que certains disaient en passant devant ma réserve à « whisky » : « Tu te rends compte ! Mais c’est affreux ! »


MARILYN MONROE
Mélange explosif de candeur et de sensualité débordante, Marilyn Monroe est une actrice proche du génie. Sous le maquillage et les atours, elle restait une « petite fille ». Elle ne ressemblait à personne…


La filmographie
DANGEROUS YEARS, il s’agit officiellement du 2e film de Marilyn Monroe en raison de la date de sa sortie, mais elle l’a tourné après Scudda Hoo ! Scudda Hay ! (Bagarre pour une blonde). Elle y joue une serveuse dans un café où les jeunes se réunissent et y prononce quelques mots. La 20th Century Fox ne renouvela pas son contrat à l’issue du tournage et Marilyn va ensuite travailler pour d’autres studios avant de revenir à la Fox pour une plus longue période. Elle retournera sous les ordres du réalisateur Arthur Pierson dans Home Town Story (1951)

Marilyn Monroe n’est pas mentionnée au générique mais SCUDDA HOO ! SCUDDA HAY! (Bagarre pour une blonde) doit être en fait considéré comme le tout premier film dans lequel elle ait tourné, même s’il est sorti après Dangerous Years (qui sort sur les écrans le 7 décembre 1947). Marilyn y joue une paysanne qui lance un « Hello ! » coupé au montage. Ensuite, descendant les marches d’un parvis d’église, elle adresse un « Hi Rad ! » à l’actrice June Haver. Dans une autre scène, on peut apercevoir Marilyn dans un canoë sur le lac, mais filmé de loin. (Photo de tournage)
LADIES OF THE CHORUS (Les Reines du Music-Hall), de Phil Karlson (1948).  Marilyn est Peggy Martin, modeste strip-teaseuse qui s’amourache d’un jeune homme de bonne famille. Malgré l’animosité respective des familles, la happy-end est sûre, Ce scénario est celui d’une comédie musicale bon marché tournée en onze jours. Marilyn chante deux chansons, et pour ce faire prend des leçons auprès du directeur musical de la Columbia, Fred Karger, son « premier » amour.
 
LOVE HAPPY (La Pêche au trésor) – David Miller. L’homme dont le sérieux, la clairvoyance et la sûreté de jugement ne sauraient être mises en doute, vous avez reconnu sous le masque du détective privé Sam Grunion, Groucho Marx, rendait à Marilyn un court mais définitif hommage. Si définitif que la publicité du film fut construite sur cet épisode de quelques minutes. Entrait donc Marilyn dans le bureau du détective qui s’informait professionnellement de ses désirs.  » Que puis-je faire pour vous ? -, révélait humainement, en aparté, le fond de sa pensée – Comme si je ne le savais pas  » – et écoutait sans surprise les plaintes de sa cliente que les hommes n’arrêtaient pas de suivre. Exibat Marilyn exaltant le monde marxiste par le mouvement de ses hanches.
TICKET TO TOMAHAWK (Le Petit train du Far West) – Richard Sale (1950). Western comique sur un cow-boy engagé par un chef de diligence pour empêcher le chemin de fer d’atteindre son territoire et de le mettre en faillite. Il utilise tout, des Indiens aux filles de la salle de danse, pour tenter de contrecarrer le plan. Mais les cheminots, menés par une tireuse d’élite et un vendeur ambitieux, sont des clients coriaces.Dans ce film, Marilyn joue essentiellement un rôle « décoratif ». Sa participation est pratiquement limitée à la séquence dans laquelle, avec Dan Dailey et trois danseuses, elle interprète la chanson « Oh, what a forward young man you are » composée par Ken Darby et John Read.
RIGHT CROSS (Tourment) – John Sturges (1950). Ce film raconte la palpitante histoire d’un champion de boxe, Johnny Monterez, qui a un poing droit défaillant et fragile. Il est amoureux de Pat (June Allyson), la fille de son impresario, Sean O’Halley (Lionel Barrymore). Le journaliste sportif Rick Garvey (Dick Powell) est lui aussi amoureux d’elle, mais sachant pour qui elle penche, il sombre dans l’alcool et les femmes quelque peu malsaines parmi lesquelles se trouve Dusky Ledoux (Marilyn)…
THE FIREBALL (Les Rois de la piste) – Tay Garnett (1950) avec Mickey Rooney et Pat O’Brien. Le casting comprend également Beverly Tyler et la huitième apparition à l’écran de Marilyn Monroe .

THE ASPHALT JUNGLE (Quand la ville dort) – John Huston (1950)
Rendons hommage à ces messieurs, et en particulier à John Huston, pour leur magnifique travail ! Dès le tout premier plan, dans lequel la caméra suit un voyou en maraude qui se faufile entre les immeubles pour semer une voiture de police dans la grisaille humide de l’aube, ce film laisse entrevoir, sous des dehors aussi implacables et lisses que l’acier, la présence de tout un monde de personnalités déviantes et de criminels Invétères. 


ALL ABOUT EVE (Eve)Joseph L. Mankiewicz (1951). C’est la voie, plus facile, de l’ironie que choisit Mankiewicz : Miss Caswell, starlette idiote, est la « dumb blonde » du répertoire, dans ce film où tout est Répertoire. C’est le cynique-et-brillant Sanders qui la présente ainsi : « Miss Caswell est actrice. Elle est diplômée de l’Ecole d’Art Dramatique de Copacabana » . En pleine soirée huppée, elle hèle « Garçon ! »  un maître d’hôtel gourmé, et prête une charmante inattention à deux monstres sacrés (Bette Davis et Anne Baxter) qui se déchirent cruellement à deux centimètres de son joli nez. Mais après ces débuts brillants, la carrière de Marilyn piétinera quelque temps encore.
LET’S MAKE IT LEGAL (Chéri, divorçons) – Richard Sale (1951). Cette fois, c’est la garde-robe de Marilyn qui, c’est bien le moins, s’étoffe : deux costumes de bain, un short de tennis, des robes du soir, du matin et de l’après-midi, toutes très décolletées. Dans ces différentes tenues, Marilyn entre et sort sans raison, disent les mauvaises langues. Après Love Nest, et en attendant Monkey Business et Some Like it Hot, elle fait un sort à quelques saillies de I.A.L. Diamond, le compère de  Wilder. Car le rôle est mince. La confiance de Zanuck en l’étoile de Monroe est toujours aussi réservée, et Marilyn végète, en belle plante qu’elle est.
AS YOUNG AS YOU FEEL (Rendez-moi ma femme) – Harmon Jones (1951). Marilyn est la sténo-dactylo du vieux bonhomme Monty Woolley, vedette de cette petite comédie bien oubliée. Rôle qui préfigure celui de Monkey Business, mais ici le métrage dévolu à Marilyn est mince. Son metteur en scène Harmon Jones s’en est consolé par ces mots, à vrai dire irréfutables : « Elle peut faire entrer plus de sens dans quelques pas que la plupart des actrices dans six pages de dialogues ».
LOVE NEST (Nid d’amour) – Joseph Newman (1951). Le métrage s’allonge, mais le rôle reste secondaire. Marilyn ancienne W.A.C., vient loger, en compagnie d’autres ex-militaires chez leur ami Lundigan et la femme de celui-ci, que cette cohabitation n’enchante guère. Brouilles vaudevillesques. L’humoriste Jack Paar, grand nom de la T.V., montre dans un petit rôle autant de patience que Marilyn qui arbore, d’autre part, un heureux bikini à pots rouges et blancs.
O.HENRY’S FULL HOUSE (La Sarabande des Pantins) – Films à sketches : The Cop and the Anthem – Henry Koster (1952). Par une belle et froide nuit d’hiver, Charles Laughton cherchait, en compagnie de David Wayne, à passer dans la chaleur de la prison les trois mois de la mauvaise saison. Alors que les deux compères allaient lancer un pavé dans une vitrine, ils croisaient Marilyn, fort bien mise en valeur par la mode de 1890 ; son métier n’avait rien de mystérieux et elle assurait à Laughton que, lorsqu’un homme lui plaisait elle était capable de désintéressement.

MONKEY BUSINESS (Chérie, je me sens rajeunir) – Howard Hawks (1952)
Quinze ans après le triomphe de Bringing up Baby (L’Impossible Monsieur Bébé), Howard Hawks et Cary Grant renouent avec le ton résolument décalé de la « screwball comedy ». Mais le film fera également date pour avoir enfin révélé au grand public une certaine Marilyn Monroe.

CLASH BY NIGHT (Le Démon s’éveille la nuit) – Fritz Lang (1952)
Clash by night est un film au scénario sans prétention, mais la banale histoire du triangle amoureux est rehaussée par l’étude subtilement graduée des personnages complexes qui ne sont jamais manichéens. Barbara Stanwyck, dans le rôle de Mae, campe une femme libre au passé douteux, trompant son mari, mais douée d’une grande liberté d’imagination et capable de reconnaître les failles de son propre système.


WE’RE NOT MARRIED (Cinq mariages à l’essai) – Edmund Goulding (1952). Comédie à sketches presque indépendants mais à thème unique : cinq couples apprennent que leur union n’est pas valable. Marilyn, qui briguait, malgré l’opposition de son mari le titre de « Mrs America », exulte : elle pourra maintenant tenter de décrocher celui beaucoup plus rutilant de « Miss America ». Dans ce sketch qu’on a dit autobiographique, l’excellent David Wayne joue tristement les Dougherty-Di Maggio. Le scénario et les dialogues de Nunnally Johnson sont comme à l’accoutumée solides et astucieux, mais Goulding a la main un peu lourde. Le public décerne à Marilyn, en maillot de bain, tous les prix de beauté voulus.

DON’T BOTHER TO KNOCK (Troublez-moi ce soir) – Roy Baker (1952)
« Vous n’avez encore jamais rencontré ce genre de fille» scandait en juillet 1952 la campagne de presse de Don’t bother to knock à propos du rôle inquiétant tenu par Marilyn dans le film. Avec le recul, on serait tenté d’ajouter que l’on n’a pas non plus rencontré depuis lors « ce genre de fille » dans la filmographie de la star. Car le personnage de Nell Forbes, baby-sitter occasionnelle affligée de graves troubles mentaux, s’avère aux antipodes du registre outrageusement glamour qui sera par la suite celui de Marilyn.

NIAGARA – Henry Hathaway (1953)
Tourné au pied des plus célèbres chutes du monde, le dix-huitième film de Marilyn lui permet d’accéder enfin au statut de star. Magnifiquement filmée par le vétéran Henry Hathaway, la comédienne y prouve qu’il va falloir désormais compter avec elle.

GENTLEMEN PREFER BLONDES – Howard Hawks (1953)
Ce premier rôle de Marilyn dans une comédie musicale lui permit de révéler l’incroyable potentiel artistique qu’elle avait en elle: jouer, chanter, danser… Elle mit un tel cœur à démontrer ces qualités, et dépensa une telle énergie à les travailler que ce film est resté célèbre.


HOW TO MARRY A MILLIONNAIRE (Comment épouser un millionnaire) – Jean Negulesco (1953). Dans cette chasse au mari-compte-en-banque, entre Lauren Bacall, ou le charme de l’intelligence, et Betty Grable, ou la fadeur, Marilyn était la myopie sans lunettes. On peut s’étonner, certes, que quelque opticien ne l’ait prise après cela sous contrat d’exclusivité. Mais il est vrai que si Lauren Bacall proclame son goût des vieux types du genre Humphrey Bogart, Marilyn se résigne aux lunettes et épouse finalement un homme qui en porte aussi. Avant cette happy-end, elle avait traversé un night-club, le nez collé au dos d’un authentique millionnaire, confondu ce dos avec un autre à la faveur d’une bousculade et repris ingénument la poursuite du premier dos dès que son erreur lui avait été signalée.
RIVER OF NO RETURN (Rivière sans retour) Otto Preminger (1954). Marilyn cite ce film, et le suivant, comme les plus infamants de sa carrière. Si l’on comprend cette sévérité pour le film de Walter Lang, il n’en va pas de même pour celui de Preminger dont le temps n’a pas émoussé le charme, et qui demeure préférable à bien des Bus Stop. Certes le décor fait jeu égal avec les personnages dans cette chronique aventureuse, fluviale et forestière où le Cinémascope est roi. Mais ces personnages, tout traditionnels qu’ils soient, existent néanmoins dans leur double évolution morale : la chanteuse de saloon régénérée par l’amour, et le père, assassin accidentel, pardonné par son fils. En fait, rarement la simplicité patriarcale, et évangélique, chère à quelques Ford et Stevens, fut mise à plus rude épreuve. Sous la chemise bariolée et le blue-jeans, Marilyn conservait pieusement les souvenirs de sa splendeur : un pantalon de dentelle et le cache-corset assorti, dont les éléments, l’eau, et les hommes, les Indiens, allaient régler les apparitions. Du pionnier, elle avait l’activité opiniâtre et multiforme ; chanteuse, elle savait susurrer, caressée par les beaux mouvements de grue de Preminger, les vertus de A Silver Dollar à des chercheurs d’or fascinés et narrer au petit garçon les aventures de Monsieur le Vent. Elle épousait, à la fin, le père. Rivière sans retour a une suite, dont le titre est Phèdre.

THERE’S NO BUSINESS LIKE SHOW BUSINESS (La Joyeuse Parade) – Walter Lang (1954)
Hommage au génie du compositeur Irving Berlin, dont les chansons parsèment le film, There’s no business like show business (La Joyeuse parade) a également pour but de mettre en valeur les talents scéniques de Marilyn. Et ce, malgré les réticences de la star à se lancer dans un tel projet.

THE SEVEN YEAR ITCH (Sept ans de réflexion) – Billy Wilder (1955)
Après avoir réalisé Sabrina en 1954, Billy Wilder enchaîne avec une commande de la compagnie Fox à laquelle Paramount l’a loué : The Seven year itch (Sept ans de réflexion), adaptation d’une pièce à succès de George Axelrod. Dans ce film , Marilyn Monroe incarne l’essence même de ce mélange unique de sexualité et d’innocence qui l’a caractérisée tout au long de sa carrière. La célébrité de ce film tient à son interprète et à la scène de la bouche de métro où sa robe se relève haut sur les cuisses.

BUS STOP (Arrêt d’autobus) – Joshua Logan (1956)
S’il ne lui valut pas même une nomination aux Oscars, le rôle de Cherie reste aujourd’hui encore considéré comme l’une des meilleures prestations de Marilyn, dans un film qui marquait en outre la prise d’indépendance de la star vis-à-vis des pontes d’Hollywood.


THE PRINCE AND THE SHOWGIRL (Le Prince et la danseuse) – Laurence Olivier (1957). C’est une nouvelle tentative malheureuse de s’évader de la « vulgarité » hollywoodienne de série, et Marilyn, productrice, ne parvient cette fois à lui opposer que la version britannique de l’intellectualisme factice et des traditions théâtrales les plus élimées. Encore parvient-elle en toute fantaisie à tirer son épingle du jeu, par une vivacité et une spontanéité devant lesquelles le métier de son partenaire s’empèse à vue d’œil. Malgré cela, cette histoire de danseuse américaine amoureuse d’un prince d’Europe centrale en visite à Londres, sombre vite dans l’ennui raffiné automatisé et royaliste où son metteur en scène la conduit infailliblement.

SOME LIKE IT HOT (Certains l’aiment chaud) – Billy Wilder (1959)
Nobody’s perfect ! (personne n’est parfait !). Et voilà gravée à jamais la plus célèbre réplique de dialogue du cinéma mondial avec les « Bizarre, bizarre » de Jacques Prévert ou les « Atmosphère, atmosphère ! » d’Henri Jeanson ! Cette phrase est le triomphe de l’équivoque et de l’ambiguïté, armes absolues de subversion pour Billy Wilder qui, dans ce jeu du chat et de la souris avec la censure (terme générique englobant toutes les ramifications morales et économiques d’un système social), va ici peut-être encore plus loin, avec plus d’audace, que dans The Seven yeay itch .

LET’S MAKE LOVE (Le Milliardaire) – George Cukor (1960)
Le titre original de cette comédie musicale, Let’s make love, signifie Faisons l’amour ! Si l’amour a effectivement une belle part dans Le Milliardaire, le tournage du film fut pourtant semé d’embûches de toutes sortes, et les critiques se montrèrent bien injustes à sa sortie.

THE MISFITS (Les désaxés) – John Huston (1961)
Après son divorce, Roslyn rencontre Gay, un cow-boy désabusé qui lui propose de partir à la campagne. Une fois au vert, ils retrouvent Perce, un champion de rodéo aussi fêlé qu’eux. Roslyn comprend alors avec horreur que les hommes ne sont là que pour tuer des chevaux sauvages… Arthur Miller a composé la partition de cette tragédie pour son épouse, Marilyn Monroe, qu’il s’apprêtait à quitter. Autobiographie se confond ici avec autodafé. Alors que l’écrivain ne frémit plus devant sa femme mythique, il lui offre paradoxalement le plus beau rôle de sa vie.


SOMETHING’S GOT TO GIVE – George Cukor (1962). C’est le film inachevé mettant en vedette Marilyn Monroe, Dean Martin et Cyd Charisse. Remake de My Favorite Wife (1940), une « screwball comedy » avec Irene Dunne et Cary Grant. Ce sera la dernière interprétation de Marilyn, dès le début, la production a été perturbée par ses problèmes de santé. La plupart des séquences terminées sont restées invisibles pendant de nombreuses années. L’année suivante, la 20th Century Fox remanie l’ensemble de la production avec des acteurs et une équipe essentiellement nouveaux et produit un remake de My Favorite Wife, désormais intitulé Move Over, Darling (1963) et mettant en vedette Doris Day, James Garner et Polly Bergen.


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