La Comédie musicale

GIGI – Vincente Minnelli (1958)

On présente souvent Gigi comme la dernière comédie musicale produite par le légendaire Arthur Freed à la MGM. En réalité, une poignée de films seront encore réalisés sous sa férule jusqu’au début des années 1960, mais aucun ne recevra un accueil digne de le faire entrer dans l’Histoire. En ce sens, Gigi est bien le dernier joyau livré par la fameuse « Freed Unit », cet étonnant laboratoire dont sont sortis tant de chefs-d’œuvre depuis la fin des années 1930, du Magicien d’Oz (The Wizard of Oz) à Beau fixe sur New York (It’s Always Fair Weather), en passant par Chantons sous la pluie (Singin’ in the Rain), Tous en scène (The Band Wagon) et Brigadoon… Mis en scène par Vincente Minnelli, le cinéaste favori d’Arthur Freed, Gigi a d’ailleurs quelque chose de désenchanté. Comme si, après tant de films débordant d’insouciance et de légèreté, cette adaptation de Colette se laissait gagner par une vision plus inquiétante, mais plus réaliste, de la vie. Et en particulier des rapports amoureux, sujet par excellence de la comédie musicale, sur lequel Minnelli jette cette fois un éclairage assez sombre… La fin de l’innocence de la jeune Gigi semble ainsi figurer, plus largement, le déclin de tout un pan du cinéma américain. En cette année 1958, l’Âge d’or de la comédie musicale, symbolisé par les productions de la MGM, est bientôt révolu.

Dans le Paris de 1900, Gigi est une adolescente vive et malicieuse. Élevée par sa grand-mère, une ancienne mondaine, elle reçoit une éducation très stricte, qui lui interdit les sorties et les frivolités. La jeune fille n’a pas de camarades, et seules les visites de Gaston Lachaille, riche héritier et ami de la famille, apportent un peu de fantaisie dans sa vie bien réglée. Mais bientôt, sa grand-tante Alicia, qui fut elle aussi une célèbre cocotte, décide de prendre en main son éducation…

C’est au milieu des années 1950 que le producteur Arthur Freed et le cinéaste Vincente Minnelli, ont l’idée de tirer une comédie musicale de la célèbre nouvelle de Colette. Mais à l’époque, les droits d’adaptation pour le cinéma ont déjà été acquis par un autre producteur. Après d’âpres négociations, Freed débourse plus de 80 000 dollars pour les racheter. Il réussit ensuite à convaincre les censeurs qui veillent au respect du Code Hays que le film ne fera pas l’apologie du monde des cocottes. Mais vient alors la déception d’apprendre que, bien qu’Alan Jay Lerner accepte d’écrire le scénario du film et les paroles des chansons, son complice Frederick Loewe refuse d’en composer la musique. Or Freed tient absolument à collaborer avec le tandem qui vient de triompher à Broadway avec le spectacle My Fair Lady. Heureusement, la perspective d’un séjour à Paris fait finalement revenir Loewe sur sa décision. L’aventure de Gigi peut enfin commencer.

Après avoir été décliné par Audrey Hepburn, le rôle-titre échoit à Leslie Caron, dont la MGM a fait une vedette en 1951 avec Un Américain à Paris. La jeune actrice est entourée de deux autres « Frenchies », Louis Jourdan et Maurice Chevalier (qui chanteront dans le film, tandis qu’elle sera doublée). La distribution réunit par ailleurs l’étonnante Hermione Gingold, Eva Gabor (qui deviendra aussi célèbre pour la série Les Arpents verts que pour ses démêlés avec sa sœur Zsa Zsa), et Jacques Bergerac, habitué aux rôles de séducteurs et mari à la ville de Ginger Rogers. Toute l’équipe s’installe à Paris pendant l’été 1957. Minnelli, qui aime passionnément cette ville, prend plaisir à tourner au Bois de Boulogne, aux Tuileries, sur la petite place Furstenberg, au Musée Jacquemart-André et même chez Maxim’s (le restaurant sera toutefois recréé en studio pour la chanson She’s Not Thinking of Me, et la plage de Trouville sera celle de Venice Beach.

Comme toujours, Minnelli apporte un grand soin à l’esthétique du film, s’inspirant notamment des peintres Constantin Guys et Eugène Boudin. Pour les décors et les costumes, le cinéaste bénéficie du talent d’un grand directeur artistique en la personne de Cecil Beaton : d’un commun accord, les deux hommes privilégient les couleurs vives et tranchées, et appuient volontairement la stylisation des décors, le tout créant parfois un sentiment de malaise. C’est que le cinéaste, qui avait donné de la vie parisienne une vision enchantée dans Un Américain à Paris, veut cette fois souligner la fausseté et la vulgarité d’un monde où, sous couvert d’amusant libertinage, les charmes des jeunes filles se monnaient comptant. Est-ce cette critique d’un univers souvent célébré qui va assurer le succès de Gigi en Amérique ? Toujours est-il que le film connaît à sa sortie un succès immédiat, et décroche les neufs Oscars pour lesquels il a été nommé. Un record à l’époque… [Collection Comédies musicales – Gigi – Eric Quéméré (n°12)]


Voici donc une comédie musicale de conception nouvelle, loin de celles avec Fred Astaire ou Gene Kelly. Les costumes en sont confiés au grand Cecil Beaton et, pour les décors, Minnelli procède une fois de plus par allusions picturales. La séquence d’ouverture au Bois de Boulogne renvoie à la peinture de Constantin Guys, celle de la plage à l’œuvre de Boudin, et les personnages sont « croqués » d’après les dessins de Sem. Les immeubles et les meubles sont de style et le Paris 1900 est reconstitué avec un goût exquis. Gigi n’a sans doute pas volé les neuf oscars qui l’ont récompensé (film, mise en scène, scénario, photo, chansons, musique, montage, décors, costumes).

D’où vient alors notre sentiment d’insatisfaction ? Sans doute du sujet et du fait que des personnages antipathiques (Honoré, Gaston) nous soient présentés sous un jour aimable. Minnelli est trop préoccupé par la perfection de sa représentation visuelle pour s’attarder au cynisme des personnages (et là, le style de Colette manque cruellement) et à leur inconsistance. Il se prend lui-même au piège de la sophistication et n’a pas le courage de démonter cette société où les apparences (soirée chez Maxim’s, leçons de maintien, promenade au bois, etc.) sont reines et il finit par représenter comme un moindre mal l’intégration de Gigi à cet univers qu’elle avait d’abord refusé. Bien sûr, il lui donne l’excuse de l’amour, et Gigi ne sera pas « cocotte », mais épouse. La morale est sauve (jusqu’à quel point n’a-t-elle pas été imposée par la censure hollywoodienne ?).

Les thèmes minnelliens sont présents dans Gigi, et on peut y voir une conclusion pessimiste : les personnages finissent par accepter un décor derrière la brillance duquel il n’y a rien que le vide ; ils n’ont pas le courage de traverser les apparences. Mais, pour une fois, Minnelli s’attache visiblement avec un tel plaisir aux futilités de ce monde qu’il finit par en perdre tout esprit critique. Et il faut attendre l’admirable chanson I Remember it Weil (titre donné par Minnelli à ses mémoires) pour que naisse enfin l’émotion. Sous son masque de viveur, Honoré s’attendrit sur sa jeunesse perdue et les mensonges qui ont dicté sa conduite. Mais la femme en face de lui ne joue pas. Elle a été trompée, abandonnée et connaît à l’avance les embûches qui attendent sa petite-fille dans cette « Belle Époque » régie par des hommes uniquement à la recherche du plaisir. [Vincente Minnelli – François Guérif – Filmo n°8 (Edilio 1984)]


VINCENTE MINNELLI
Véritable magicien du cinéma, Vincente Minnelli a porté la comédie musicale à son point de perfection, ce qui ne doit pas faire oublier qu’il est l’auteur de quelques chefs-d’œuvre du mélodrame.

LA COMÉDIE MUSICALE
La comédie musicale a été longtemps l’un des genres privilégiés de la production hollywoodienne, et probablement le plus fascinant . Né dans les années 1930, en même temps que le cinéma parlant, elle témoigna à sa manière, en chansons, en claquettes et en paillettes, de la rénovation sociale et économique de l’Amérique. Mais c’est dix plus tard, à la Metro-Goldwyn-Mayer, que sous l’impulsion d’Arthur Freed la comédie musicale connut son véritable âge d’or, grâce à la rencontre de créateurs d’exception (Vincente Minnelli, Stanley Donen) et d’acteurs inoubliables (Fred Astaire, Gene Kelly, Judy Garland, Cyd Charisse, Debbie Reynolds). Par l’évocation de ces années éblouissantes à travers les films présentés, cette page permet de retrouver toute la magie et le glamour de la comédie musicale.


Gigi est un des sommets de l’œuvre de Minnelli. Pour un public français, c’est peut-être difficile à admettre. Et la critique ne manquera pas d’émettre les réserves habituelles (…). Il faut pourtant avoir les yeux singulièrement fermés pour ne pas voir que la finesse, le chatoiement du style, la grâce très « France 1900 » sont beaucoup plus évidentes dans le film de Minnelli que dans la courte histoire de Colette, qui, loin d’être un de ses chefs-d’œuvre, manque singulièrement d’élégance d’écriture, et porte plus que des traces de vulgarité. Dans l’ensemble, le traitement réservé au film fut cependant moins insultant que pour Madame Bovary : Minnelli avait tout de même remporté quelques succès qui lui valaient un minimum de considération.

La comparaison avec An American in Paris est intéressante. Il s’agit des deux plus grands succès de Minnelli, de deux films couverts de récompenses. Mais An American in Paris fait une curieuse unanimité alors que Gigi, beaucoup plus original, novateur et abouti, est incompréhensiblement sous-estimé. On oublie trop souvent, pour commencer, que Gigi est un musical totalement original, ni l’adaptation d’un succès de Broadway (ce qu’étaient Brigadoon, Kismet ou Cabin in The Sky, et ce que seront Bells Are Ringing et On a Clear Day), ni la réutilisation de quelques chansons célèbres (« The Band Wagon », « An American in Paris ») : Arthur Freed et Minnelli se livrent ici au même travail de création que pour Meet Me in Saint-Louis, Yolanda ou The Pirate. (…)

Contrairement à An American in Paris, l’authenticité sera de rigueur. Dès le départ, Freed et Minnelli prennent la décision de tourner l’essentiel du film à Paris, en décors naturels. La distribution sera à dominante française : Leslie Caron (bien que Lerner ait d’abord pensé à Audrey Hepburn), Maurice Chevalier que la Metro est heureuse, cette fois, de retrouver, Louis Jourdan (tant pis s’il ne tenait pas particulièrement à chanter), et même Jacques Bergerac. Leslie Caron a fait part à Arthur Freed de ses réserves concernant Minnelli, et des difficultés qu’elle éprouve à s’exprimer sous sa direction, en dépit de l’admiration qu’elle éprouve. Elle suggère George Cukor ou David Lean. Freed n’en tient pas compte.

Le début du tournage est prévu pour août 1957. Minnelli passe auparavant plusieurs semaines à Paris avec Lerner et Loewe pour travailler sur le scénario et l’intégration des chansons, avec Cecil Beaton pour choisir à la fois les extérieurs (le bois de Boulogne, Bagatelle, les Tuileries, le musée Jacquemart-André, la cour de Rohan), et les intérieurs (Maxim’s naturellement, le Palais des Glaces, la Grande Cascade, entre autres). Il était prévu que le reste du tournage se ferait en studio, à Culver City, où l’on pouvait facilement reconstituer un décor comme l’appartement de Mme Alvarez. L’important était de retrouver méticuleusement l’esprit de la Belle Epoque. « Je me suis inspiré, dit Minnelli, à la fois de Constantin Guys pour les attelages, les équipages (bien que Guys soit antérieur de quelques décades à la Belle Epoque), et de Sem, le célèbre caricaturiste, pour les costumes et l’allure générale des personnages. Sem croquait les personnages en vogue de son temps – cercleux, cocottes, princes russes, etc. – et lorsque les besoins de l’action nous entraîneront chez Maxim’s, au Pré Catelan ou au Palais des Glaces, nous espérons que ces personnages épisodiques, autrefois célèbres, n’auront pas l’air de figurants déguisés. » Et Leslie Caron se souvient : « Pendant le tournage de Gigi, (Minnelli) s’intéressait parfois beaucoup plus aux figurants qu’à moi, du moins il donnait cette impression. Quand nous avons tourné chez Maxim’s, tout le monde avait la fièvre, parce que nous venions de passer plusieurs journées au Palais des Glaces ; c’était pourtant le mois d’août, et Minnelli était très malade. A un moment, après avoir fait répéter plusieurs fois la même scène, il s’est mis à hurler contre le maître d’hôtel : « Est-ce qu’on ne peut pas apprendre à ce type à tenir un menu » Et alors on lui a fait remarquer respectueusement que c’était le vrai maître d’hôtel de chez Maxim’s. »

Freed a peut-être le pressentiment que Gigi va être son « chant du cygne », son ultime aboutissement en tant que producteur (et rien de ses films postérieurs ne saurait être comparé à Gigi. Il y aurait eu, vraisemblablement, Say it with Music, et même My Fair Lady, si la Metro lui avait permis de les faire, on peut rêver !) : rien n’est refusé à Minnelli ni à Cecil Beaton, qui fait exécuter le moindre costume, le moindre accessoire par les plus grands spécialistes dans un Paris caniculaire déserté par une grande partie de la population. « Celui qui se battait le plus, qui refusait de céder sur le plus petit détail, se souvient encore Leslie Caron, c’était Minnelli. Il était tellement obstiné qu’il arrivait toujours à ses fins. ».

Rien n’est trop beau, mais un tournage de cette importance, surtout à l’étranger, pose inévitablement des problèmes et les délais impartis se révèlent un peu justes. Quand l’équipe regagne les Etats-Unis le 13 septembre, il reste à tourner un certain nombre d’intérieurs, ce qui était prévu, mais aussi toute la séquence de Trouville, ce qui l’était moins. Une plage californienne fera l’affaire. Alan Jay Lerner insiste également pour que Minnelli retourne un certain nombre de gros plans de Louis Jourdan chez Maxim’s. Il faut donc reconstituer une partie du décor. Le 30 octobre, le tournage est en principe terminé, et c’est là que les choses se gâtent.

Ligoté par son contrat, Minnelli doit repartir pour Paris avec Ruttenberg, pour commencer le tournage de The Reluctant Debutante (Qu’est-ce que maman comprend à l’amour ?) alors que tout le travail de post-production de Gigi et le montage sont loin d’être terminés. La première preview est un désastre. Lerner et Loewe insistent pour qu’une partie des numéros musicaux soit retournée. Le budget ayant été allègrement dépassé, ils proposent même de prendre une partie des nouveaux frais à leur charge. Mais Minnelli est à Paris. Freed demande donc à Charles Walters de le remplacer. A la demande de Minnelli, Walters avait déjà chorégraphié, sans qu’il soit question de le créditer, le numéro The Night They Invented Champagne, où Leslie Caron chante et danse avec Louis Jourdan et Hermione Gingold. (…)

A Paris, Minnelli était plus ou moins au courant de ce qui se passait, sans s’en réjouir particulièrement : « Lorsqu’on se trouve dans un pays étranger et que l’on apprend que certaines séquences vont être retournées par le studio d’origine, on en conclut très vite que le film ne peut pas être bon.» Une des séquences dont il s’inquiète est le Soliloquy, quand Louis Jourdan-Gaston interprète la chanson-titre du film : Gigi. C’est Alan Jay Lerner lui-même qui le rassurera à son passage à Paris : « Même si la première prise de Gigi a été bonne (nous sommes allés vanter les qualités du film auprès des responsables du studio), ses mérites seraient plus grands encore si la séquence même de la chanson de Gigi était reprise. Nous pensions que les lyrics s’étaient affadis pendant le tournage à Paris et nous leur avons demandé de la retourner en gros plans. Fritz et moi, nous nous sommes portés volontaires pour payer les cinquante mille dollars supplémentaires que ce tournage entraînerait. Non seulement ils ont accepté, mais ils ont même payé les nouveaux frais : la séquence a été refaite intégralement. Et, tenez-vous bien, ça n’a pas marché. Les responsables n’ont même pas utilisé une partie de cette nouvelle séquence. Ils ont distribué le film comme vous l’aviez tourné et l’ont monté. Et vous recevrez certainement un oscar pour l’avoir réalisé ! »

Le mot de la fin revient à Cecil Beaton : « Toutes les scènes tournées à Hollywood ont considérablement abîmé le film. A mon avis, tout le succès du film est dû à son parfum parisien, et à ce qui avait été créé en le tournant en France. Dès le moment où nous avions un cygne dans un décor de studio, ça avait l’air d’un décor de studio. Puis ils ont installé Leslie Caron dans un horrible fauteuil en fer, que vous pouvez voir dans toutes les boutiques de décorateurs. Et soudain, ça ressemblait à Hollywood et non plus à la France. » Ce qui n’empêcha pas Gigi de remporter plus d’oscars que An American in Paris, dont ceux de meilleur film de l’année, de meilleur metteur en scène pour Minnelli, de meilleur scénario pour Lerner, de meilleure photographie en couleurs pour Ruttenberg, et des meilleurs costumes pour Cecil Beaton. Les bénéfices furent à l’avenant.

On pourrait croire qu’après un tel triomphe, Freed se sentirait plus libre et plus puissant que jamais. Mais après Gigi, il ne produira plus qu’un seul musical, Bells Are Ringing. Gigi clôt une époque, celle des musicals classiques, et en même temps en inaugure une autre, celle des superproductions musicales, comme My Fair Lady, Le genre est mort, d’une belle mort assurément, faute de pouvoir survivre à la disparition des grands chanteurs et danseurs comme Fred Astaire et Gene Kelly, à la dislocation d’équipes patiemment réunies, et au déclin des grands studios. Le style nouveau « inventé » par Lerner et Loewe permet à des non-spécialistes (Rex Harrison dans My Fair Lady, Louis Jourdan dans Gigi, Richard Burton dans Camelot, Barbra Streisand même, chanteuse mais non danseuse), de faire illusion. Il n’y a, significativement, aucun numéro vraiment dansé dans Gigi.

Minnelli était-il conscient de tous ces problèmes pendant le tournage ? On ne l’imagine pas. On le voit, au contraire, s’appliquer à faire de son film une fête incomparable, un prodigieux album d’images aux admirables couleurs, ordonnées avec une maîtrise absolue et un goût sans failles. Il y réussit, mieux que jamais, la synthèse de ses ambitions, et l’on y retrouve aussi caractéristiquement que possible, les thèmes qu’il n’a pas cessé de développer. L’argument même de Gigi est l’un des plus typiquement minnelliens qui soient : c’est la tentative d’intégration à un décor (le Paris de la Belle Epoque), d’un personnage (Gigi) qui a su conserver sa fraîcheur et son innocence, c’est la fascination qu’exerce ce décor, le style de vie qu’il impose, les sentiments qu’il transforme. Cela ne va pas sans lucidité de la part de ceux qui se sentent victimes de cet univers de conventions et d’artifices (Louis Jourdan traîne littéralement Leslie Caron, en robe blanche, hors de chez Maxim’s), les rêveurs se réveillent et ouvrent les yeux. Dans un film comme The Four Horsemen of The Apocalypse, cette attitude est désespérée, et Gigi même n’est pas sans cruauté : l’initiation passe par un certain nombre de rites étranges, mais c’est à ce prix que les sentiments peuvent retrouver leur fraîcheur. Gigi surprend par ses moments de gravité soudaine (Leslie Caron chantant Say a Prayer for Me Tonight, Louis Jourdan errant nostalgiquement dans le Paris nocturne avant de prendre une décision qui va changer sa vie), et de tendresse : le bonheur ne dépend plus du décor, mais des sentiments. Mais que ce décor était beau ! [MINNELLI « De Broadway à Hollywood » – Patrick Brion, Dominique Rabourdin, Thierry de Navacelle – ED.  5 continents Hatier (1985)]



L’histoire

Paris, 1900. Alors que la jeune Gigi suit les leçons de sa tante Alicia, Gaston Lachaille rompt avec sa maîtresse, la blonde Liane d’Exelmans. Liane tente de se tuer et, évidemment, se rate, mais Gaston devient dès lors une célébrité. Mme Alvarez, la grand-mère de Gigi, déclare à Gaston qu’il ne peut plus sortir avec elle sans risquer de la compromettre aux yeux du Tout-Paris. Gaston est tout d’abord choqué puis il comprend peu à peu, au cours d’une longue promenade, qu’il est en fait épris de Gigi. Mme Alvarez et Alicia sont rassurées par la fortune de Gaston mais Gigi ne veut pas être une maîtresse, mais une épouse. Gaston est surpris par ses exigences, mais, après réflexion, il rejoint Gigi qu’il avait raccompagnée chez elle, et demande à Mme Alvarez la main de la jeune fille…


Dessin de Cecil Beaton pour l’appartement de Mme Alvarez (Gaston, Mme Alvarez et Gigi)

Programme musical (sélection)
« It’s a Bore »
Performed by Maurice Chevalier, Louis Jourdan, and John Abbott
« The Parisians »
Performed by Leslie Caron (dubbed by Betty Wand)
Lyrics by Alan Jay Lerner – Music by Frederick Loewe
« Waltz at Maxim’s (She Is Not Thinking of Me) »
Performed by Louis Jourdan
« The Night They Invented Champagne »
Performed by Leslie Caron (dubbed by Betty Wand), Hermione Gingold, and Louis Jourdan
Lyrics by Alan Jay Lerner – Music by Frederick Loewe
« I Remember It Well« 
Performed by Maurice Chevalier and Hermione Gingold
« I’m Glad I’m Not Young Anymore »
Performed by Maurice Chevalier
Lyrics by Alan Jay Lerner – Music by Frederick Loewe
« Gaston’s Soliloquy » & « Gigi »
Performed by Maurice Chevalier
Lyrics by Alan Jay Lerner – Music by Frederick Loewe

MAURICE CHEVALIER
Le 12 septembre 1888, Paris voit naître celui qui deviendra le plus international des chanteurs français. D’abord acrobate, il tourne des films Pathé, avant d’être fait prisonnier en 1915. Tentant sa chance à Hollywood en 1929, il joue avec les plus grandes stars des années 1930. La Seconde Guerre mondiale interrompt sa carrière américaine, mais il revient à Hollywood en 1957 pour Ariane de Billy Wilder, et retrouve avec Gigi les superproductions internationales. Deux ans avant sa mort, survenue en 1972, il chante encore le générique des Aristochats.


LESLIE CARON
Découverte par Gene Kelly et révélée à vingt ans par Un Américain à Paris, l’héroïne de Gigi a été la plus charmante ingénue de l’Âge d’or de la comédie musicale. Authentique danseuse devenue une véritable actrice, faisant preuve d’une espièglerie de femme-enfant considérée comme typiquement française, Leslie Caron a aussi ouvert la voie à l’emploi par Hollywood de comédiennes aux physiques non conventionnel, préparant le triomphe d’Audrey Hepburn.


LOUIS JOURDAN
Né en 1919 à Marseille, Louis Gendre grandit surla Côte d’Azur où ses parents sont hôteliers, ce qui lui permet d’apprendre l’anglais en parlant avec les touristes. Il prend le nom de sa mère lorsque Marc Allégret le fait débuter pendant la guerre. En 1947, David O. Selznick le fait venir aux USA pour Le Procès Paradine (The Paradine Case), d’Hitchcock. L’acteur enchaîne avec deux autres chefs-d’œuvre : Lettre d’une inconnue (Letter from an Unknown Woman), d’Ophüls, et Madame Bovary, de Minnelli. Son charme de « French lover » fait merveille à Hollywood, où il mène une carrière jusqu’en 1992.


MEET ME IN ST. LOUIS (Le Chant du Missouri) – Vincente Minnelli (1944)
En 1903, lu ville de Saint-Louis se prépare avec effervescence à l’Exposition Universelle qui doit célébrer le centenaire de la vente de la Louisiane aux États-Unis. La famille Smith attend elle aussi ce grand événement, même si certains de ses membres se passionnent pour d’autres questions. La jeune Esther s’inquiète notamment du fait que le prétendant de sa sœur aînée ne semble pas vouloir se déclarer… Premier des cinq films tournés par Vincente Minnelli avec Judy Garland, cette comédie musicale de 1944 est un hymne à l’amour et aux joies de la famille. Genèse d’un immense succès.

CABIN IN THE SKY (Un Petit coin aux cieux) – Vincente Minnelli (1943)
Le 31 août 1942, Vincente Minnelli commence le tournage de Cabin in The Sky. Il est enfin, comme il l’écrit dans son autobiographie, « contremaître à l’usine ». L' »usine », c’est bien évidemment la M.G.M. dont Arthur Freed lui a fait patiemment découvrir tous les rouages. Cabin in The Sky est un musical, le premier des 13 musicals que réalisera le cinéaste. Il est important de remarquer que 12 des 13 musicals ont été produits par l’homme qui a le plus compté dans sa carrière, Arthur Freed.

ZIEGFELD FOLLIES – Vincente Minnelli (1945)
Dans un paradis de coton et de marbre, Florenz Ziegfeld se remémore ses souvenirs terrestres. Il fut un très célèbre directeur de revue à Broadway. Un à un, ses numéros défilent dans sa mémoire. Ne vous laissez pas effrayer par les automates mal dégrossis qui ouvrent le film. Dans un Broadway cartonné façon école maternelle, Vincente Minnelli commence par évoquer la pré-histoire de la comédie musicale, avec toute sa mièvrerie archaïque.

THE PIRATE – Vincente Minnelli (1948)
Avant-garde ! A l’issue d’une projection de travail organisée le 29 août 1947 à la MGM, Cole Porter fait part de ses craintes au producteur Arthur Freed : selon lui, The Pirate risque fort de dérouter le public. Et de fait, malgré son affiche prestigieuse, la sortie de cette comédie musicale atypique va constituer un désastre financier, les recettes atteignant à peine la moitié du budget initial… D’où vient que ce film, aujourd’hui culte, n’a pas séduit en 1948 ?

AN AMERICAN IN PARIS – Vincente Minnelli (1951)
Paris d’opérette, chansons de Gershwin et danse sur les bords de Seine : Un Américain à Paris joue résolument la carte de la légèreté. C’est pourquoi la MGM en a confié la mise en scène à l’un des grands spécialistes de la comédie musicale, Vincente Minnelli. Épaulé par Gene Kelly, qui signe avec son brio habituel les chorégraphies du film, le cinéaste livre en 1951 une œuvre appelée à faire date. Certes, Minnelli dispose à la fois de moyens très confortables et de collaborateurs précieux.

THE BAND WAGON (Tous en scène) – Vincente Minnelli (1953)
Produit en 1953 par la MGM, ce film légendaire réunit la fine fleur de la comédie musicale, plus précisément du backstage musical, « made in Hollywood » : Comden et Green au scénario, Minnelli à la réalisation et, devant la caméra, Fred Astaire et Cyd Charisse.

BRIGADOON – Vincente Minnelli (1954)
En 1954, Gene Kelly retrouve le réalisateur d’Un Américain à Paris pour une fable musicale pleine de bruyères et de cornemuses. On a parfois dit que Brigadoon était la plus européenne des comédies musicales américaines. Inspirée d’un conte allemand et transposée en Écosse, son intrigue joue sur la nostalgie de la Vieille Europe, cette terre qu’ont quittée tant d’immigrants devenus citoyens des États-Unis.

BELLS ARE RINGING (Un Numéro du tonnerre) – Vincente Minnelli (1960)
Ce n’est pas sans nostalgie que l’on peut parler de Bells are ringing : ne s’agit-il pas de la dernière comédie musicale de Minnelli pour la Metro, de sa dernière collaboration avec Arthur Freed, du dernier « musical » produit par Freed, donc de la fin d’une époque ?





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