Histoire du cinéma

ARTHUR FREDD : LE MAGICIEN DE LA MGM

Après avoir travaillé longtemps à la MGM comme compositeur, Arthur Freed commença en 1939 une extraordinaire carrière de producteur qui en fit le maître incontesté de la comédie musicale.

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Arthur Freed

Les succès remportés par Arthur Freed, qui fut le « promoteur » des plus prestigieuses comédies musicales des années 1940 et 1950, font de lui le plus grand producteur américain dans ce domaine. Le vide laissé par sa mort (en 1973, à l’âge de soixante-dix-huit ans) n’a pas été comblé. Peu de producteurs, en effet, peuvent rivaliser avec les triomphes remportés par l’extraordinaire équipe dirigée par Freed à la MGM, pendant plus de vingt ans, au cours desquels on assista à l’ascension et aux succès de Judy Garland, aux débuts et à la confirmation de Gene Kelly comme acteur, chorégraphe et metteur en scène, à la seconde carrière de Fred Astaire à la MGM, à la transformation de Charles Walters et de Stanley Donen de danseurs en metteurs en scène. Enfin, à la formation de nombreux acteurs de talent.

Judy Garland et Mickey Rooney dans "Place au rythme (Babes in Arms) de Busby Berkeley (1939)
Babes in Arms (Busby Berkeley, 1939)
Place au rythme

Les débuts d’Arthur Freed comme parolier, associé au compositeur Nacio Herb Brown vers la fin des années 1920, coïncidèrent avec la prolifération des comédies musicales « entièrement parlées, chantées et dansées ». La première d’une longue liste avait pour titre Broadway Melody, dirigée par Harry Beaumont en 1929. Les succès qu’ils moissonnèrent ensemble avec leurs chansons dominèrent le monde du musical au cours des années 1920 et au début de la décennie suivante, notamment avec le fameux « Singin’ in the Rain » qu’on peut entendre pour la première fois dans Hollywood Revue of 1929 (Hollywood chante et danse).

For me and my gal (Busby Berkeley, 1942)

Le travail de Freed comme parolier durant les années 30 lui fit prendre conscience de l’évolution du goût du public et de la nécessité de faire preuve d’initiative en favorisant de nouveaux talents. Grâce à sa persévérance, il finit par persuader Mayer de lui laisser produire un musical (en collaboration avec Roger Edens, un pianiste-compositeur plein de talent). Les droits d’adaptation à l’écran du grand succès de Broadway : « Babes in Arms » furent acquis dans l’intention d’en confier les rôles à Mickey Rooney et à Judy Garland et la direction à Busby Berkeley, alors à la Warner. En dépit de quelques faiblesses, notamment au niveau de la transposition à l’écran (la plus grande partie de la partition de Rodgers et Hart fut malheureusement éliminée), Babes in Arms (Place au rythme, 1939) obtint un gros succès et fut une excellente affaire commerciale. Berkeley vit son contrat renouvelé par Freed pour diriger à nouveau Mickey Rooney et Judy Garland dans Strike Up the Band (En avant la musique, 1940) et Babes on Broadway (Débuts à Broadway, 1941).

Quand on revoit ces films aujourd’hui, on ressent particulièrement bien l’attachement de Freed au monde du spectacle et au vaudeville de sa jeunesse. Le dernier musical de ce genre tourné par le duo Rooney-Garland, Girl Crazy (1943), sous la direction de Norman Taurog, rehaussé par la musique de Gershwin, la voix d’Edens et une orchestration éblouissante de Conrad Salinger, le maître des ambiances sonores de la MGM, fut, de tous, le plus brillant.

Broadway Melody of 1940 (Norman Taurog)

Arthur Freed recruta Gene Kelly à Broadway pour en faire avec Judy Garland le protagoniste de For Me and My Gal dirigé par Berkeley en 1942, et engagea également Vincente Minnelli, déjà connu comme directeur artistique de revues à grand spectacle. En 1943, Freed lui confia son premier film, Cabin in the Sky (Un petit coin aux cieux), adaptation cinématographique d’un succès de Broadway conçu pour être interprété exclusivement par des Noirs. Écumant Broadway, Freed augmenta sa « troupe » de nouveaux talents ; c’est ainsi que la célèbre chanteuse Kay Thompson se vit confier l’arrangement musical des chansons de Best Foot Forward (1943), réalisé par Edward Buzzell.

Mickey Rooney et Judy Garland dans "Girl Crazy" de Norman Taurog et Busby Berkeley (1943)
Girl Crazy » (Busby Berkeley, 1943)
Une étoile s’éteint

Le déclin mélancolique de Judy Garland au début des années 1950 et son départ de la MGM, portèrent un coup très dur à la troupe de Freed. Après le triomphe de Easter Parade (Parade du printemps, 1948), dirigé par Charles Walters et interprété par Judy Garland et Fred Astaire, plusieurs échecs consécutifs de Judy Garland contraignirent Freed à chercher ailleurs de nouvelles vedettes pour accompagner ses têtes d’affiche, Fred Astaire et Gene Kelly.

Au nombre de celles qui s’étaient déjà fait remarquer, il faut citer Lucille Bremer qui avait apporté sa froide élégance dans deux films de Minnelli : Yolanda and the Thief (Yolanda et le voleur, 1945) et Ziegfeld Folies (1946), sans oublier Betty Hutton « prêtée » par la Paramount pour remplacer Judy Garland dans Annie, Get Your Gun (Annie reine du cirque, 1950) de George Sidney. Mais les plus prestigieuses danseuses de Freed – ses véritables découvertes, dont il n’était pas peu fier – furent Cyd Charisse et Leslie Caron. Leslie Caron devint célèbre du jour au lendemain avec ses débuts dans An American in Paris (Un Américain à Paris, 1951) dirigé par Vincente Minnelli, l’œuvre la plus ambitieuse et en tout point la plus réussie de la production d’Arthur Freed. Dans la grande tradition de Ziegfeld, ce film – hommage à la musique de Gershwin -, étourdissant de beauté et d’invention, est sans aucun doute le sommet de la carrière du producteur.

L’intelligence et la subtilité de cet homme se manifestèrent de façon la plus heureuse dans l’appui qu’il apporta à Gene Kelly pour réaliser son originale Invitation to the Dance (Invitation à la danse), un film de 1954 « entièrement dansé » qui, sans avoir rencontré un succès éclatant, témoigne néanmoins du climat d’extraordinaire liberté et de l’esprit expérimental propres à l’équipe d’Arthur Freed. L’année 1952 fut marquée par un pur joyau du septième art, Singin’ in the Rain (Chantons sous la Pluie) de Kelly et Donen, exemple le plus accompli de la comédie musicale. Nostalgique évocation, à la fois drôle et affectueuse, du temps de Broadway Melody de Freed, ce film présente un Kelly au sommet de sa forme, en particulier dans le numéro qui lui donne son titre, grand moment de bonheur pour des générations de spectateurs ; il bénéficiait en outre d’une superbe orchestration de Salinger.

L’effritement du studio system au cours des années 1950 affectera très sensiblement l’homogénéité des productions d’Arthur Freed. Une fois Mayer détrôné et avec l’arrivée rapide à la tête de la firme de directeurs trop préoccupés de questions financières, il fut plus difficile pour Freed de maintenir le haut niveau de production exigé par le genre du musical auquel il était particulièrement attaché. C’est ainsi que Brigadoon (1954) et Kismet (L’Étranger au paradis , 1955), l’un et l’autre de Minnelli, pâtirent des coupes sombres opérées dans le budget. En revanche, Silk Stockings (La Belle de Moscou 1957) de Mamoulian, et Gigi (1958) de Minnelli valurent à Freed des succès éclatants.

Fred Astaire et Cyd Charisse dans "La Belle de Moscou" (Silk Stockings) de Rouben Mamoulian (1957)
Silk Stockings (Rouben Mamoulian, 1957)
Les temps changent

Dans Bells Are Ringing (Un numéro du tonnerre, 1960), le dernier musical produit par Freed pour la MGM, la personnalité de Judy Holliday, servie par le subtil scénario de Betty Comden et d’Adolph Green, ne parvint pas à pallier l’absence de ballets et l’insuffisance relative de Dean Martin dans son rôle. Moins vigoureux sur le plan visuel, à cause de la mise en scène trop mièvre de Minnelli, le film souffrait aussi, sur le plan musical, de l’absence de Salinger (il s’était suicidé). Kay Thompson s’était retirée en Italie, Edens était devenu producteur : en somme, les grands noms de l’équipe d’Arthur Freed n’étaient plus au générique.

Bells Are Ringing (Vincente Minnelli, 1960)

Ce dernier, entre-temps, s’était lancé dans la production d’œuvres dramatiques : Any Number Can Play (Faites vos jeux, 1949), Crisis (Cas de conscience, 1950), The Subterraneans (1960), entre autres ; ces films de bonne facture, sans nul doute, ne sont pourtant jamais à la hauteur de ses comédies musicales. Freed consacra ses dernières années à coordonner un grandiose musical. Conçu comme une chronique de l’histoire sociale de la vie américaine à travers celle d’un couple, où chaque époque aurait dû avoir comme fond sonore la musique d’Irving Berlin, ce projet intitulé « Say it With Music», pour lequel Vincente Minnelli avait été pressenti, ne sera jamais réalisé. [(La grande histoire illustrée du 7ème art – Editions Atlas – 1982)]

"Un petit coin aux cieux" (Cabin in the Sky) réalisé par Vincente Minnelli et (non crédité) Busby Berkeley (1943)
Cabin in the Sky (Vincente Minnelli, 1943)

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LES MUSICALS DE LA MGM
L’âge d’or de la comédie musicale hollywoodienne, celle qui réussit l’accord parfait entre action, musique et danse, est à jamais lié à un sigle : MGM et à un nom : Arthur Freed, le grand promoteur du genre.

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