Unique rencontre à l’écran de Frank Sinatra et de Debbie Reynolds, ce film réalisé en 1955 par Charles Walters bénéficie également des talents de David Wayne et de la trop rare Celeste Holm.

Confirmant son grand come-back au cinéma, Frank Sinatra est à l’affiche de quatre films en 1955, dont deux sortent à une journée d’intervalle : Guys and Dolls (Blanches colombes et vilains messieurs), présenté à New York le 3 novembre 1955, et The Tender Trap (Le Tendre piège), le lendemain. Si l’acteur-chanteur doit partager l’affiche du premier film avec un autre monstre sacré, Marlon Brando, il est en revanche seul maître à bord dans le second, son partenaire David Wayne n’ayant rien d’un sex-symbol. The Tender Trap annonce ainsi les nombreux films qui, dans les années suivantes, seront bâtis tout entiers sur l’aura du crooner… Faussement subversif, mais vraiment romantique, le film de Charles Walters fait partie de ces comédies qui, peu à peu, vont interroger les rapports entre hommes et femmes dans le domaine amoureux. On est encore loin de la révolution sexuelle déferlant à la fin des années 1960 sur la société américaine – et dans son cinéma -, mais le simple fait de pouvoir mettre en question dans un film hollywoodien les liens sacrés du mariage constitue déjà en son temps une audace. Même si, on s’en doute, le film prendra soin de respecter finalement l’ordre traditionnel des choses…



Bon père de famille d’Indianapolis, Joe vient passer quelques jours à New York chez son ami d’enfance, Charlie. Celui-ci est un imprésario en vue doublé d’un séducteur impénitent, et Joe ne tarde pas à découvrir que son appartement voit défiler nombre de jolies femmes qui rêvent de l’épouser. Mais Charlie n’a pas du tout l’intention de se laisser passer la bague au doigt. Du moins, pas avant sa rencontre avec Julie, jeune personne qui est déterminée à se marier – mais pas avec lui…



Comme beaucoup de films produits par la MGM dans les années 1950, The Tender Trap est tiré d’un spectacle monté avec succès à Broadway : en l’occurrence, une pièce de Max Shulman et Robert Paul Smith jouée en 1954 par Robert Preston et Kim Hunter. Sans perdre de temps, le producteur Lawrence Weingarten met en chantier l’adaptation de The Tender Trap, dont il confie le scénario à Julius Epstein. Depuis le triomphe inattendu de Casablanca en 1942, celui-ci fait partie des auteurs vedettes d’Hollywood : on lui doit également le script de Arsenic and Old Lace (Arsenic et vieilles dentelles, 1944), et, plus récemment, de la comédie musicale Young at Heart, (Un Amour pas comme les autres,1954), avec Doris Day et Frank Sinatra. Par ailleurs, la réalisation de The Tender Trap échoit à Charles Walters, qui a déjà signé pour le studio des films de prestige comme Easter Parade (Parade de printemps, 1948), The Barkleys of Broadway (Entrons dans la danse, 1949), et La Belle de New York (1952).



Le rôle du séducteur Charlie est destiné à Frank Sinatra, bien que celui-ci n’ait plus tourné pour la MGM depuis On the Town (Un jour à New York, 1949). Après avoir connu une mauvaise passe au début des années 1950, tant dans le domaine du cinéma que dans celui de la chanson, le crooner vient tout juste de se remettre en selle grâce à l’Oscar du meilleur second rôle décroché pour From Here to Eternity (Tant qu’il y aura des hommes, 1953). Au moment où il se prépare à tourner The Tender Trap, Sinatra est également redevenu un chanteur à la mode grâce à la chanson du générique de Young at Heart, énorme succès de l’année 1954. C’est donc en conquérant qu’il revient travailler pour le studio dans lequel il a fait ses débuts de comédien, dans des films comme Anchors Aweigh (Escale à Hollywood, 1945) et Take Me Out to the Ball Game (Match d’amour, 1949). Et pour que sa partenaire soit digne de lui, la MGM décide de confier le rôle de la vertueuse Julie à Debbie Reynolds, devenue l’une des actrices favorites du public depuis Singin’ in the Rain (Chantons sous la pluie, 1952).



Si Lawrence Weingarten joue clairement la carte de la séduction en réunissant un tel duo, il prend soin de confier les seconds rôles les plus importants à deux spécialistes de la comédie. Connu au cinéma pour son tempérament pince-sans-rire, David Wayne endosse parfaitement le rôle du « bon mari, bon père » qui rêve de s’encanailler. Et la violoniste Sylvia est incarnée par Celeste Holm, actrice dynamique qui, malgré un Oscar obtenu pour Gentleman’s Agreement (Le Mur invisible, 1947) d’Elia Kazan, n’avait plus tourné à Hollywood depuis All About Eve ( Eve, 1950), préférant se consacrer à la scène (elle retrouvera néanmoins Sinatra l’année suivante dans High Society). Ce quatuor de charme, porté par l’humour du scénario d’Epstein, va permettre à The Tender Trap de conquérir largement le public à sa sortie, en 1955. Un succès encore renforcé par le fait que la chanson (Love Is) The Tender Trap, interprétée par Sinatra, s’avère également un « tube » à la radio. Avant de devenir avec le temps l’un des titres fétiches du crooner, qui la chantera jusqu’à la fin de sa carrière…





LA COMÉDIE MUSICALE
La comédie musicale a été longtemps l’un des genres privilégiés de la production hollywoodienne, et probablement le plus fascinant . Né dans les années 1930, en même temps que le cinéma parlant, elle témoigna à sa manière, en chansons, en claquettes et en paillettes, de la rénovation sociale et économique de l’Amérique. Mais c’est dix plus tard, à la Metro-Goldwyn-Mayer, que sous l’impulsion d’Arthur Freed la comédie musicale connut son véritable âge d’or, grâce à la rencontre de créateurs d’exception (Vincente Minnelli, Stanley Donen) et d’acteurs inoubliables (Fred Astaire, Gene Kelly, Judy Garland, Cyd Charisse, Debbie Reynolds). Par l’évocation de ces années éblouissantes à travers les films présentés, cette page permet de retrouver toute la magie et le glamour de la comédie musicale.

LES MUSICALS DE LA MGM
L’âge d’or de la comédie musicale hollywoodienne, celle qui réussit l’accord parfait entre action, musique et danse, est à jamais lié à un sigle : MGM et à un nom : Arthur Freed, le grand promoteur du genre.
L’extrait musical
Lyrics by Sammy Cahn
Music by Jimmy Van Heusen
Performed by Frank Sinatra et Debbie Reynolds

FRANK SINATRA
Frappé d’ostracisme par Hollywood et les sociétés de disques, abandonné même par ses agents, Sinatra, dans le début des années 50, faillit bien être mis aux oubliettes du monde du spectacle. Il ne fallut qu’un film, et un Oscar, pour le conduire au sommet de la gloire.
LOLA ALBRIGHT
Née en 1925 dans l’Ohio, cet ancien mannequin commence par tenir des petits rôles non crédités dans The Pirate et Easter Parade (1948). Elle se fait remarquer l’année suivante face à Kirk Douglas dans Champion, avant de devenir la vedette de séries B comme Sierra Passage (1950) et The Monolith Monsters (1957). C’est en tenant l’un des rôles principaux de la série culte Peter Gunn (1958-1961) que Lola Albright devient vraiment célèbre. On la retrouve ensuite à l’affiche des Félins (1964) et de la comédie The Impossible Years (1968).

DAVID WAYNE
Natif du Michigan, David Wayne (1914-1995) reçoit en 1947 le tout premier Tony Award pour son rôle dans la comédie musicale Finian’s Rainbow. Figure respectée de Broadway, il en obtiendra un second en 1954. À l’écran, l’acteur tient surtout des seconds rôles comiques notamment dans Adam’s Rib (1949) et How to Marry a Millionaire (1953). M (1951) remake de M le maudit, sera son unique film en tête d’affiche. David Wayne a aussi beaucoup joué à la télévision (Batman, Les rues de San Francisco, Dallas…. ).


DEBBIE REYNOLDS
Dotée d’un charme naturel qui opère encore dans ses films les plus récents, l’héroïne de Singin’ in the Rain et du The Tender Trap a fait partie des grandes stars des années 1950 et 1960.

GUYS AND DOLLS (Blanches colombes et vilains messieurs) – Joseph L. Mankiewicz (1955)
Guys and dolls a été joué à Broadway à partir du 21 novembre 1950, au théâtre de la 46e rue. Samuel Goldwyn est l’un des spectateurs de la première et, avant même la fin du second acte, il a décidé de produire une adaptation cinématographique du spectacle. Ce ne sera pourtant qu’en 1954 qu’il parviendra enfin à acquérir les droits tant convoités. Il l’emportera sur ses rivaux en garantissant un million de dollars plus 10 % des bénéfices au-dessus de dix millions de dollars. Un engagement considérable qui rend, dès le départ, le succès financier du film très problématique

EASTER PARADE (Parade de printemps) – Charles Walters (1948)
Le film de Charles Walters mérite bien son titre de Easter Parade (Parade de Printemps). Même s’il se situe dans le monde du spectacle, la vision qu’il en donne est bien différente de celle révélée par un autre film de Judy Garland, A Star is born . Certes, les protagonistes du film éprouvent quelques difficultés dans leur vie professionnelle et amoureuse, mais le ton de l’ensemble reste résolument léger.

THE BARKLEYS OF BROADWAY (Entrons dans la danse) – Charles Walters (1949)
Confirmant sa suprématie dans le genre musical, la MGM orchestre en 1949 le retour à l’écran des légendaires Fred Astaire et Ginger Rogers, qui menaient depuis dix ans une carrière solo.

LA BELLE DE NEW YORK – Charles Walters (1952)
Deux ans après leur rencontre dans Three little words (Trois Petits Mots, 1950), Fred Astaire et Vera-Ellen se retrouvent sous la houlette de Charles Walters pour une comédie musicale aux numéros particulièrement réussis.

ANCHORS AWEIGH (Escale à Hollywood) – George Sidney (1945)
Anchors aweigh est la première rencontre à l’écran de Gene Kelly et Frank Sinatra, quatre ans avant Take me out to the ball game (Match d’Amour) et On the town (Un Jour à New York). Cette comédie musicale signée en 1945 par George Sidney regorge de bonne humeur, de chansons et de prouesses techniques.

TAKE ME OUT TO THE BALL GAME (Match d’amour) – Busby Berkeley (1949)
Sortie au printemps 1949, cette comédie musicale de Busby Berkeley se livre à une étonnante incursion dans le monde du baseball américain, et marque la montée en puissance d’un certain Gene Kelly.

SINGIN’ IN THE RAIN (Chantons sous la pluie) – Stanley Donen, Gene Kelly (1952)
Tourné en 1951 pour la MGM, le film de Stanley Donen et Gene Kelly jette un regard drôle et attachant sur le petit monde du cinéma hollywoodien. Un sommet de la comédie musicale, resté inégalé.

HIGH SOCIETY (Haute société) – Charles Walters (1956)
Signé par le vétéran Charles Walters, ce film de 1956 joue la carte du glamour en réunissant deux chanteurs de légende et une future princesse, le tout sur des airs inédits du grand Cole Porter.

SUMMER STOCK (La Jolie fermière) – Charles Walters (1950)
Dernière comédie musicale de Judy Garland à la MGM, Summer stock séduit aujourd’hui encore par sa fraîcheur. Certes, le film souffre un peu d’un scénario relativement prévisible, et de seconds rôles aussi envahissants que décalés par rapport à ses deux grandes stars. Mais il y a, justement, ces deux grandes stars, réunies à l’écran pour la troisième et dernière fois…
- CHRISTIAN-JAQUE : L’ÉLÉGANCE EN MOUVEMENT
- GINETTE LECLERC : ENTRE OMBRE ET LUMIÈRE
- GAS-OIL – Gilles Grangier (1955)
- ARSENIC AND OLD LACE (Arsenic et vieilles dentelles) – Frank Capra (1944)
- FRITZ LANG ET LE FILM NOIR : UNE TRAVERSÉE DE L’OMBRE
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Catégories :Le Film étranger

