Catégorie : Le Film Noir

THE PROWLER (Le Rôdeur) – Joseph Losey (1951)

En mai 1951, Joseph Losey et Dalton Trumbo sortent ce qui est peut-être leur meilleur film tous les deux dans l’urgence et la fébrilité. Bientôt, le premier choisira l’exil en Europe, au lieu de prêter serment de patriotisme pour se garantir un contrat de trois ans avec Stanley Kramer. Trumbo, qui ne peut déjà plus signer le film et doit travailler au rabais, s’apprête à purger dix mois de prison pour s’être refusé à répondre aux questions des chasseurs de sorcières. The Prowler (Le Rôdeur) est ainsi doublement clandestin : non seulement Trumbo se cache derrière un prête-nom, mais prend un malin plaisir à subvertir le Code de production alors tout puissant à Hollywood. Sur le papier, The Prowler pourrait passer pour un parent pauvre de Double indemnity, mais la façon dont les deux artistes, riffent sur le thème de l’adultère et du meurtre rendent leur film encore plus outrageux, si possible, que celui de Billy Wilder.

L’AVENTURE CRIMINELLE par Nino Frank

Il est d’usage de signaler la première apparition du terme : film noir dans un article du numéro 61, d’août 1946, de L’Ecran français. Sous le titre : « Un nouveau genre policier : l’aventure criminelle », Nino Frank définissait ainsi quelques films américains, venant de sortir en France, qui lui semblaient montrer autrement la violence physique et les actes criminels. Il les désignait comme des oeuvres de psychologie criminelle et insistait sur leur manière d’exploiter brillamment un dynamisme de la mort violente. Nommer film noir des productions tournées à Hollywood entre 1943 et 1945 n’était pas frivole. Le sentiment de malaise, l’angoisse et la peur avaient régné dans le cinéma américain pendant la seconde guerre mondiale. Ils infiltraient les films policiers et d’espionnage tout autant que les mélodrames sociaux.  Peu solaire et rarement optimiste, ce cinéma de l’ombre dominante et de la traversée douloureuse des apparences était d’une nature oppressante, dure et souvent opaque. La noirceur de ses sujets et de ses personnages fascinait  le public jusqu’au vertige. Un réalisme âpre s’y mariait avec une atmosphère de cauchemar. [Le film Noir (Vrais et faux cauchemars) – Noël Simsolo – Cahiers du Cinéma Essais – (2005)]

THE STRANGE LOVE OF MARTHA IVERS (L’Emprise du crime) – Lewis Milestone (1946)

Le grotesque triangle amoureux formé par les trois protagonistes charge The Strange love of Martha Ivers d’implications noires. En effet, les personnages dans la mesure où leurs relations sont sous-tendues par la peur, la culpabilité ou la cruauté, sans oublier un romantisme excessif, sont caractérisés par un déséquilibre émotionnel. Masterson, joué par Heflin, a la fonction d’un catalyseur. Son arrivée provoque non seulement des bouleversements dans la vie quotidienne de la ville, mais aussi la mort de ses citoyens les plus importants. Milestone a voulu établir des affinités entre le sexe et la violence et mettre en scène les manipulations sadiques d’une femme fatale.

DOUBLE INDEMNITY (Assurance sur la mort) – Billy Wilder (1944)

Le film s’inspire d’un fait divers criminel authentique, l’assassinat en 1927, à New York, d’Albert Snyder par sa femme Ruth, aidée de Judd Crey, l’amant de celle-ci. Billy Wilder pensa tout d’abord à Alan Ladd et à George Raft pour interpréter Walter Neff. « J’ai eu, racontait-il, beaucoup de difficultés pour trouver un acteur. À cette époque, aucun de ceux qui étaient connus n’osait jouer un meurtrier. Lorsque j’ai raconté l’histoire à George Raft, il m’a dit qu’il voulait bien jouer le rôle si on découvrait, à la fin, que le personnage était en réalité un agent du FBI, ce qui lui permettrait d’arrêter sa maîtresse. »

CRY OF THE CITY (La Proie) – Robert Siodmak (1948)

Passant de l’Universal où il vient de réaliser des drames criminels, la plupart du temps dans des décors de studio, à la 2Oth Century-Fox de Darryl E. Zanuck, Robert Siodmak utilise le style réaliste de la firme et tourne en plein New York, dans le Bronx, et ses interprètes, amenés sur les lieux de tournage dans des voitures aux vitres opaques, « comme celles du FBI « , dit la publicité, jouent au milieu d’une foule qui ignore leur présence.

LES SEIGNEURS DU CRIME

Les « méchants », auxquels se heurtent les champions de la loi dans les années 40, prennent souvent le masque de la courtoisie. Mais leur nature profonde est en réalité totalement maléfique. Les années 40 furent l’âge d’or des acteurs de composition spécialisés dans le rôle du méchant, figure récurrente du film noir et du film policier de cette décennie. Les écrans se peuplèrent donc de génies du crime, cyniques, à l’humour sardonique, pleins de morgue et décidés à tout pour parvenir à leurs fins.

SORRY, WRONG NUMBER – Anatole Litvak (1948)

SORRY, WRONG NUMBER (Raccrochez, c’est une erreur) – Anatole Litvak (1948) Distribution : Barbara Stanwyck, Burt Lancaster, Ann Richards, Wendell Corey, Harold Vermilyea Scénario: Lucille Fletcher, à partir de sa pièce radiophonique – Directeur de la photographie : Sol Polito L’histoire : Leona Stevenson (Barbara Stanwyck), riche héritière invalide, […]

JOHNNY EAGER (Johnny, roi des gangsters) – Mervyn Le Roy (1942)

A mi-chemin entre le drame psychologique et le film traditionnel, Mervin Le Roy décrit deux mondes que tout semble opposer, s’attachant au passage aux femmes qui gravitent autour de Johnny et surtout au très curieux personnage de Jeff (Van Heflin, oscarisé pour ce rôle), l’historiographe du gangster pour lequel il a une évidente admiration. Robert Taylor n’est plus le séducteur du Roman de Marguerite Gauthier (Camille, 1936) mais un homme au double visage face à Lana Turner découvrant ici un univers trouble qui l’étonne et la fascine.