Signé par le vétéran Charles Walters, ce film de 1956 joue la carte du glamour en réunissant deux chanteurs de légende et une future princesse, le tout sur des airs inédits du grand Cole Porter.
L’histoire
Tracy Lord (Grace Kelly) doit épouser le séduisant George Kittredge (John Lund) mais son ancien mari, C. K Dexter-Haven (Bing Crosby), qui l’aime toujours, vient la voir. Parallèlement, le magazine à scandale Spy menace de dévoiler la liaison qu’a Seth Lord (Sidney Blackmer), le père de Tracy, si deux de ses reporters, Mike Connor (Frank Sinatra) et Liz Imbrie (Celeste Holm), n’obtiennent pas le droit de couvrir le mariage et ses préparatifs. La mère de Tracy accepte afin de protéger la vie privée de son infidèle mari. Mike et Liz arrivent donc à leur tour. Tracy est émue en revoyant C. K et, grâce à Mike, elle finit par comprendre qu’elle ne doit pas épouser Kittredge et, après une nuit particulièrement mouvementée, elle se remarie avec C. K. et renonce à son fiancé.



Délicieux cocktail
L’une des recettes les plus efficaces pour obtenir un succès en salles consiste à aligner de grands noms sur une même affiche. La MGM le sait bien, et c’est pourquoi elle ne lésine pas en lançant le projet de High Society. En réunissant pour la première fois à l’écran les deux chanteurs vendant le plus de disques aux Etats-Unis, Crosby et Sinatra, le studio réalise déjà un « coup » imparable. D’autant que le tandem va interpréter dans le film des chansons inédites signées Cole Porter, le plus célèbre compositeur de l’époque. Et que le non moins célèbre Louis Armstrong sera aussi de la partie, achevant de faire de High Society un événement musical pour le public de 1956. Enfin, si elle ne chante que très peu dans le film, le charme et la vivacité de Grace Kelly doivent apporter la touche finale à cet ensemble déjà alléchant… Heureusement, le résultat dépasse la simple opération commerciale. S’il ne parvient pas à faire oublier Indiscrétions, la première adaptation de la pièce « The Philadelphia Story », High Society tient parfaitement ses promesses de joutes romantiques et de mélodies enlevées, y ajoutant même un zeste de subversion assez inattendu pour un film de cette époque.





Challenge
Au milieu des années 1950, la MGM règne de manière incontestée sur la comédie musicale hollywoodienne. En quelques années, le « studio au lion » vient de livrer coup sur coup des films comme Singin’ in the Rain (Chantons sous la pluie), An American in Paris (Un Américain à Paris), The Band Wagon (Tous en scène), Brigadoon ou encore It’s Always Fair Weather (Beau fixe sur New York) – bref, ce qui s’est fait de mieux dans le genre depuis 1950 ! Bien décidée à continuer sur sa lancée, la MGM met en chantier High Society, un projet pour le moins ambitieux. Le film sera en effet la seconde adaptation d’une pièce à succès, « The Philadelphia Story », déjà portée à l’écran par George Cukor en 1940, avec Katharine Hepburn (qui avait créé sur scène le rôle de Tracy), Cary Grant et James Stewart. Or ce chef-d’ œuvre de la comédie romantique, sorti en France sous le titre Indiscrétions, fait déjà partie à l’époque des monuments du cinéma. Ce qui n’empêche pas le réalisateur Charles Walters de relever le défi.





Dream team
Il fallait trouver la comédienne capable de reprendre le rôle immortalisé par Katharine Hepburn dans Indiscretions. Liz Taylor, d’abord pressentie, s’avère indisponible, laissant la place à Grace Kelly qui, avec un Oscar et trois succès d’Hitchcock à son actif, est devenue une actrice très en vue. N’étant pas chanteuse, elle se contentera d’un duo avec Bing Crosby, True Love, pour lequel elle sera en fait doublée. Pour un vieux routier de la comédie musicale comme Charles Walters, la mise en scène des chansons va s’avérer un véritable jeu d’enfant, la plus grande difficulté consistant à tirer le meilleur parti des fastueux décors dessinés par Cedric Gibbons. Fort d’une telle équipe artistique, High Society connaît un grand succès à sa sortie en juillet 1956, rejoignant même le Top ten de l’année. Un résultat dû également au mariage, trois mois plus tôt, de son héroïne avec un prince européen…



Sur mesure
C’est le scénariste John Patrick qui est chargé de tirer un nouveau scénario de la pièce « The Philadelphia Story », en l’adaptant à l’esprit des années 1950. Mais le plus grand changement va tenir au genre du film lui-même, la MGM voulant en faire une comédie musicale – et pas n’importe laquelle : High Society doit réunir pour la première fois les deux plus grands crooners du moment, Bing Crosby et Frank Sinatra. Et pour ajouter encore au prestige du film, c’est le brillant Cole Porter qui en écrira les chansons. Le musicien va livrer rapidement huit compositions dans le plus pur style de Broadway. En revanche, il sèche sur le titre devant servir de duo aux deux chanteurs. À tel point que l’équipe musicale de la MGM décide finalement d’utiliser «WeIl, did you evah ? », une chanson écrite en 1939 pour le spectacle « Du Barry was a lady » – et interprétée sur scène par Charles Walters, qui était à l’époque comédien ! Quant à Louis Armstrong, très populaire en 1956 (tout comme son surnom « Satchmo »), il accepte d’être le Monsieur Loyal du film, et d’y interpréter plusieurs morceaux avec son propre groupe.



Dans une une des scènes du film, Grace Kelly conduit très rapidement sur une route rocheuse de bord de mer, (séquence similaire dans le film d’Alfred Hitchcock en 1955 : La Main au collet). À son passager (Frank Sinatra) qui lui demande « où allons-nous », elle répond : « au cimetière ». Cette scène prend une résonance particulière compte tenu des circonstances du décès de l’actrice en 1982.



Programme musical
Pour ce qui est de l’équipe musicale, High Society porte bien son titre. Outre celui de Cole Porter, qui a écrit les chansons du film sur mesure, le générique comporte en effet plusieurs noms légendaires. À commencer par celui de Johnny Green : celui-ci ne fut pas seulement le compositeur de la célèbre chanson « Body and Soul », mais aussi le directeur musical de la MGM, de 1949 à 1959. À ce titre, il a supervisé l’enregistrement de la bande originale de films comme Easter Parade (Parade de printemps), An American in Paris et Royal Wedding (Mariage Royal). Green a souvent collaboré avec Saul Chaplin (qui n’était pas un parent du cinéaste), responsable quant à lui des enregistrements des Seven Brides for Seven Brothers (Sept Femmes de Barbe-Rousse), de West Side Story – et de High Society. Quant à l’orchestre, il est dirigé ici par deux «pointures» : Conrad Salinger, chef d’orchestre des chefs-d’œuvre de la MGM (Brigadoon,The Band Wagon, Funny Face (Drôle de Frimousse… ), et Nelson Riddle, collaborateur attitré de Sinatra, qui travaillera aussi avec Ella Fitzgerald et Judy Garland. Bref, si l’on y ajoute le nom des crooners Bing Crosby et Frank Sinatra, la liste des crédits musicaux du film ressemble à un véritable Who’s who de l’époque !

LA COMÉDIE MUSICALE
La comédie musicale a été longtemps l’un des genres privilégiés de la production hollywoodienne, et probablement le plus fascinant . Né dans les années 1930, en même temps que le cinéma parlant, elle témoigna à sa manière, en chansons, en claquettes et en paillettes, de la rénovation sociale et économique de l’Amérique. Mais c’est dix plus tard, à la Metro-Goldwyn-Mayer, que sous l’impulsion d’Arthur Freed la comédie musicale connut son véritable âge d’or, grâce à la rencontre de créateurs d’exception (Vincente Minnelli, Stanley Donen) et d’acteurs inoubliables (Fred Astaire, Gene Kelly, Judy Garland, Cyd Charisse, Debbie Reynolds). Par l’évocation de ces années éblouissantes à travers les films présentés, cette page permet de retrouver toute la magie et le glamour de la comédie musicale.



FRANK SINATRA
Frappé d’ostracisme par Hollywood et les sociétés de disques, abandonné même par ses agents, Sinatra, dans le début des années 50, faillit bien être mis aux oubliettes du monde du spectacle. Il ne fallut qu’un film, et un Oscar, pour le conduire au sommet de la gloire.

GRACE KELLY OU l’ANTI-MARILYN
En même temps que, grâce à l’assouplissement de la censure, déferlait sur les écrans la première vague, encore assez timide, d’érotisme, de scandale et de laisser-aller, en même temps que ce relâchement nouveau s’incarnait dans un certain nombre d’actrices provocantes, dont Marilyn Monroe fut le type achevé, et Jayne Mansfield la caricature, Hollywood sécrétait également leur parfait antidote sous les traits de Grace Kelly.

BING CROSBY : LE « CROONER » IRRÉSISTIBLE
Avec sa décontraction nonchalante, sa voix feutrée et son sens du rythme, il a renouvelé la chanson de charme. Bing Crosby sera l’une des valeurs les plus sûres du film musical hollywoodien. Aucune star du « show business » ou du cinéma n’a connu une ascension aussi foudroyante que Bing Crosby. Aucune sans doute ne s’est maintenue aussi longtemps au faîte du succès. Bing Crosby intitule son autobiographie Call Me Lucky (Dites que j’ai eu de la chance). Certes la chance est intervenue, mais le hasard n’y est pour rien.
- WITNESS FOR THE PROSECUTION (Témoin à charge) – Billy Wilder (1957)
- [mémoire vive] DE LA SWEATER GIRL À L’ICÔNE : LA TRAJECTOIRE FULGURANTE DE LANA TURNER
- [mémoire vive] BILLY WILDER : DES TÉNÈBRES DU FILM NOIR AUX ÉCLATS DE LA COMÉDIE
- UNE SI JOLIE PETITE PLAGE – Yves Allégret (1949)
- THE BIRDS (Les Oiseaux) – Alfred Hitchcock (1963)
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Catégories :La Comédie musicale, Le Film étranger


