La Comédie musicale

WORDS AND MUSIC (Ma vie est une chanson) – Norman Taurog (1948)

En 1918, à l’université de Columbia, Richard Rodgers et Lorenz Hart, deux étudiants rêveurs, enthousiastes et passionnés de musique font connaissance. Ils s’associent pour écrire des spectacles musicaux joués par les étudiants, Rodgers écrivant les notes et Hart les paroles des chansons. Leurs productions font tant parler d’elles que, l’année suivante, ils parviennent à placer l’une de leurs chansons, Any Old Place With You, dans un spectacle de Broadway. Le morceau obtient un gros succès commercial à la suite duquel, pendant deux décennies, les deux hommes vont régner sur Broadway et écrire des dizaines de classiques de la musique populaire américaine… Film de prestige réunissant des plus grandes vedettes de la MGM, cette biographie musicale retrace de manière fort libre le compagnonnage de Richard Rodgers et Lorenz Hart.

WORDS AND MUSIC (Norman Taurog, 1948)

Bien qu’il se présente comme un biopic des célèbres Rodgers et Hart, le film Words and Music (Ma vie est une chanson) pourrait presque porter la mention : « Toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé serait purement fortuite». Tous les historiens de Broadway insistent en effet sur le fait que ni Lorenz Hart ni Richard Rodgers ne ressemblaient dans la réalité au portrait qui en est fait dans cette superproduction. Le choix le plus discutable reste sans doute d’avoir offert le rôle de Lorenz Hart, personnalité brillante et torturée, au sautillant Mickey Rooney – le seul point commun entre les deux hommes se résumant à leur petite taille.

WORDS AND MUSIC (Norman Taurog, 1948)

Heureusement, les chansons entendues tout au long du film ont bien été écrites par le célèbre tandem, et c’est évidemment là que réside tout l’intérêt du projet, que ce soit pour ses artisans ou pour le public. Rares sont les « tubes » de Rodgers et Hart qui ne figurent pas dans Words and Music, et la MGM a bien fait les choses en les faisant interpréter par la crème des chanteurs de l’époque, de Judy Garland à Perry Como, en passant par Lena Horne et Mel Tormé. Where or When, Manhattan, There’s A Small Hotel, The Lady Is A Tramp : on se régale en retrouvant ici tant de mélodies devenues légendaires. [Comédie Musicale – Ma vie est une chanson – Eric Quéméré – n°40]

WORDS AND MUSIC (Norman Taurog, 1948)

Deux ans après le succès de Till the Clouds Roll By (La Pluie qui chante), biopic consacré à la carrière de Jerome Kern, le producteur Arthur Freed décide de célébrer les talents de Rodgers et Hart. En cette année 1948, le parolier Lorenz Hart est mort depuis cinq ans, et le musicien Richard Rodgers collabore désormais avec Oscar Hammerstein. Trop occupé à New York pour participer lui-même au film, Rodgers envoie à Hollywood son beau-frère, Ben Feiner Jr, officiellement crédité comme adaptateur du scénario.

WORDS AND MUSIC (Norman Taurog, 1948)

Malgré la présence de ce témoin privilégié (Rodgers a épousé Dorothy, la sœur de Feiner, en 1930), le film prendra de sérieuses libertés avec les faits. En particulier dans son portrait de « Larry » Hart : le scénario adoucit considérablement le caractère dépressif du parolier, dont la principale cause – une homosexualité mal acceptée – est évidemment passée sous silence, tout comme son alcoolisme. De même, Rodgers, coureur de jupons invétéré, sera représenté à l’écran comme un jeune homme romantique, puis un mari idéal.

WORDS AND MUSIC (Norman Taurog, 1948)

Words and Music comporte également de nombreuses inexactitudes sur le plan chronologique. Mais qu’importe : le but d’Arthur Freed n’est pas de livrer une reconstitution historique, mais de proposer dans un film les plus grands succès écrits par Rodgers et Hart. Après avoir attribué les rôles de ces derniers à Mickey Rooney et Tom Drake, le producteur enrôle plusieurs vedettes « maison », comme June Allyson, Ann Sothern, Cyd Charisse et Lena Horne, chanteuse à succès qui est déjà apparue dans de nombreux films du studio.

WORDS AND MUSIC (Norman Taurog, 1948)

Freed s’attache aussi les services de deux crooners, Perry Como et Mel Tormé, et complète son affiche avec deux actrices prometteuses : Janet Leigh, dans l’un de ses tout premiers rôles, et Betty Garrett, qu’on retrouvera dans Take Me Out to the Ball Game (Match d’amour) et On the Town (Un Jour à New York). Enfin, Gene Kelly et Vera-Ellen sont engagés pour exécuter un étonnant ballet sur le morceau Slaughter on Tenth Avenue : uniquement musical, ce numéro surprendra par sa longueur (7 minutes) et par son style audacieux, qui annonce les futurs chefs-d’œuvre chorégraphiés par Kelly.

WORDS AND MUSIC (Norman Taurog, 1948)

Mais malgré ce casting imposant, la plus grande star du film sera finalement une « invitée surprise ». Judy Garland ne devait pas au départ apparaître dans Words and Music : l’actrice numéro 1 du studio tente à cette époque de se remettre sur pied après une période de surmenage. Mais le grand patron Louis B. Mayer lui propose un cachet de 50 000 dollars pour venir interpréter la chanson I Wish I Were In Love Again en duo avec Mickey Rooney. Judy accepte, afin de réduire l’énorme dette qu’elle doit à la MGM pour ses absences répétées. Malgré son épuisement, elle parvient à tourner la séquence au début du mois de juin 1948.

WORDS AND MUSIC (Norman Taurog, 1948)

Mais lors des projections-tests organisées en septembre, le public réclame une autre chanson de Judy. L’actrice reprend donc le chemin du studio pour y tourner le 1er octobre le numéro Johnny One Note, qui suit immédiatement dans le film sa première chanson (le décor a dû être reconstruit, et les figurants rappelés – on remarque cependant que Judy, ayant pris un peu de poids, ne porte plus de ceinture dans la deuxième séquence). À la sortie du film, en décembre, la presse ne tarira pas d’éloges sur la prestation de Miss Garland, tout en saluant aussi le brio avec lequel Lena Horne a revisité les grands classiques The Lady Is A Tramp et Where or When. [Comédie Musicale – Ma vie est une chanson – Eric Quéméré – n°40]

WORDS AND MUSIC (Norman Taurog, 1948)
Programme musical (sélection)
The Lady Is a Tramp
Music by Richard Rodgers
Lyrics by Lorenz Hart
From the musical « Babes in Arms » (1937)
Performed by Lena Horne
Slaughter on Tenth Avenue
Music by Richard Rodgers
From the musical « On Your Toes » (1936)
Danced by Gene Kelly, Vera-Ellen, and uncredited dancers
Performed by The MGM Symphony Orchestra conducted by Lennie Hayton
Mountain Greenery
Music by Richard Rodgers
Lyrics by Lorenz Hart
From the musical « The Garrick Gaieties II » (1926)
Sung by Perry Como
I Wish I Were in Love Again
Music by Richard Rodgers
Lyrics by Lorenz Hart
From the musical « Babes In Arms » (1937)
Performed by Judy Garland and Mickey Rooney
Blue Room
Music by Richard Rodgers
Lyrics by Lorenz Hart
From the musical « The Girl Friend » (1926)
Sung by Perry Como, danced by Cyd Charisse
On Your Toes
Music by Richard Rodgers
Lyrics by Lorenz Hart
From the musical « On Your Toes » (1936)
Sung by Cyd Charisse (dubbed by Eileen Wilson) and Dee Turnell (dubbed)
This Can’t Be Love
Music by Richard Rodgers
Lyrics by Lorenz Hart
From the musical « The Boys from Syracuse » (1938)
Danced by Cyd Charisse and Dee Turnell with ballerinas
Thou Swell
Music by Richard Rodgers
Lyrics by Lorenz Hart
From the musical « A Connecticut Yankee » (1927)
Performed by June Allyson, Ramon Blackburn and Royce Blackburn (dubbed by Pete Roberts and Eugene Cox)
Where’s That Rainbow ?
Music by Richard Rodgers
Lyrics by Lorenz Hart
From the musical « Peggy-Ann » (1926)
Sung and Danced by Ann Sothern, with Ramon Blackburn and Royce Blackburn

JUDY GARLAND
Judy Garland à l’instar d’un James Dean ou d’une Marilyn Monroe, est entrée trop tôt dans la légende du cinéma. Personnalité fragile et dépressive, elle n a pas pu surmonter les profondes crises qui entraînèrent sa fin prématurée. Par sa carrière exceptionnelle commencée dès sa plus tendre enfance aussi bien que par sa mort précoce, à quarante-sept ans à peine, Judy Garland est devenue un mythe du monde du spectacle. Perfectionniste et tourmentée, elle fut la victime de son propre succès, payant de sa santé et, pour finir, de sa vie l’adulation qu’elle suscita. Sans la moindre pitié. elle fut, toute sa vie durant, jetée en pâture au public avide de tout savoir sur elle.

LES MUSICALS DE LA MGM
L’âge d’or de la comédie musicale hollywoodienne, celle qui réussit l’accord parfait entre action, musique et danse, est à jamais lié à un sigle : MGM et à un nom : Arthur Freed, le grand promoteur du genre.



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